la couverture du Culture En Jeu N°63

Le numéro 63 est disponible!

Au sommaire:

  • Édito: Le théorème romand: être sans exister (F. Gonseth)
  • Dossier: Une culture de taille romande?
  • Quand les cantons romands collaborent pour le bien de leur culture (C. Salvadé)
  • Au-delà des territoires (C.Gallaz)
  • La culture romande existe, la FRAS l’a rencontrée (Itw de T. Luisier par C. Jaquiéry)
  • Les salaires de l’art (A. Lanz)
  • L’intégration romande la plus avancée: le cinéma (Itw de G. Ruey par F. Gonseth)
  • Les artistes romands sont-ils perdants? (J. Aguet)
  • Dossier: La Confédération dans la guerre des plateformes
  • La Confédération affronte Netflix & co (F. Gonseth)
  • L’argent de la 5G compensera certains de ses dégâts culturels (Itw de G. Savary par F. Gonseth)
  • Vademecum pour les années à venir (C. Tauxe)
  • Le paradoxe de l’égalité des chances à l’école (C. Jaquiéry)
  • La LoRo soutient… (F. Gonseth)
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L’ombre de la Fête des Vignerons

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Le budget de près de 100 millions de francs dédié à la Fête des Vignerons assèche-t-il le terreau culturel romand ? La question méritait d’être posée, même si la peur d’agacer les mécènes contraint la parole de ses acteurs.

Le budget de la Fête des Vignerons a explosé pour atteindre 99 millions de francs, le double de la précédente édition de 1999. Pour le directeur exécutif Frédéric Hohl, cinq scènes au lieu d’une, 150 techniciens et beaucoup plus de technologie, outre une semaine supplémentaire, justifient aisément ce budget. Non subventionné, l’événement doit solliciter de gros soutiens privés parmi lesquels ceux de plusieurs fondations et de la Loterie romande. La manifestation devrait aussi bénéficier des revenus provenant à 30 % des partenaires commerciaux et médiatiques et de la ville en fête. La partie la plus importante étant pour 70 % dévolue à la vente des billets allant de 79 à 299 francs, voire 359 francs en catégorie Premium. 400 000 spectateurs sont attendus du 18 juillet au 11 août pour aboutir à cet objectif ambitieux.

De quoi susciter l’inquiétude des structures culturelles romandes ? Peut-être. Interrogées, certaines d’entre elles évoquent à mots couverts des budgets resserrés à cause de sponsors plus frileux et qui sauteraient leur tour en raison de leur soutien à la Fête des Vignerons. D’autres se sont préparés à un été éventuellement moins abondant en spectateurs comme le Théâtre du Jorat : « Ce n’est pas la question du sponsoring qui me préoccupe. J’ai surtout pensé à la capacité financière de mes spectateurs qui ont un certain budget spectacles. S’ils achètent plusieurs billets pour la Fête des Vignerons, ils ne pourront plus assumer leurs envies d’assister à d’autres spectacles en été cette année. »

Pour le Théâtre Vidy-Lausanne qui, au-delà de ses recettes de billetterie, de coproduction et de tournée, compte diverses sources de financements privés, l’événement n’a pas eu d’impact sur ses soutiens fidèles, mais selon son service de communication, cela a sûrement limité l’obtention de nouveaux financements ou partenaires sur 2019. Quant à Dominique Radrizzani, directeur de BD-Fil à Lausanne, il exprime une inquiétude plus diffuse. « Je me réjouis de la tenue de la Fête des Vignerons à laquelle mes deux enfants participent. Je pense d’ailleurs que toute la région de Vevey en aura des répercussions positives. Je me pose juste la question de l’aspirateur à sponsors et soutiens que représente un budget de 99 millions pour d’autres manifestations qui auront lieu en même temps ou plus tard. »

Cet autre responsable d’une grande structure culturelle vaudoise, qui a désiré rester anonyme, constate qu’aujourd’hui les politiques de soutien sont plus ciblées « événementiel », et même pour un seule manifestation, avec plus de moyens dédiés, mais aux retombées et impacts, notamment médiatiques, plus importants.

« Aucunement », indique Adrienne Prudente, responsable communication de la Fondation Leenaards qui soutient la Fête des Vignerons. Elle affirme que ce soutien n’a pas d’incidence sur les autres projets usuels soutenus dans le domaine culturel. « Le volume des soutiens octroyés par la Fondation dans le domaine culturel – tout comme le nombre de projets soutenus – est même en légère augmentation pour l’année 2018 (comparativement à 2017). Il n’y a donc aucune concentration des soutiens autour de quelques projets. Notre politique de soutien, dans nos trois domaines : culturel, âge et société et scientifique, est basée sur des critères de sélection qualitatifs clairement spécifiés, par type de soutien. Ce n’est nullement l’ampleur ou non du projet qui est pris en considération, mais bien son degré de qualité et son niveau d’exigence, notamment. »

Jörg Denzler, porte-parole de la Fondation Sandoz, qui soutient elle aussi la Fête des Vignerons et le Théâtre de Vidy, rejoint l’idée de la valeur qualitative des projets appuyés. Il rappelle que « la Fondation supporte avec fierté la Fête des Vignerons, comme elle l’a déjà fait en 1999. Elle a conscience de la richesse de la vie culturelle en Suisse romande. Dans une décision de soutien, ce n’est pas le montant, mais la qualité du projet qui est déterminante. Enfin, la Fondation ne communique pas ses chiffres car elle préfère faire le bien que d’en parler. »

https://www.fetedesvignerons.ch/a-propos/partenaires/

© Corinne Jaquiéry. Reproduction des textes autorisée uniquement avec l’accord de l’éditeur et avec la citation de la source. Les illustrations sont la propriété de leurs auteurs respectifs.


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