la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
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La gratuité, ce fléau !

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Le précédent numéro de Culture­EnJeu trai­tait de la « gratuité » sous ses diverses formes et dérives. Pour compléter notre réflexion sur ce sujet, nous vous proposons ce texte de Jacques-André Haury paru dans le 24 Heures du 2 février 2010.

Dieu a-t-il inventé la gratuité pour punir l’humanité, comme il avait frappé les Égyptiens des dix fléaux rapportés par la Bible ? Quand on considère le rôle que joue la gratuité dans la dégradation de notre environnement, on peut se le demander.

Longtemps, notre civilisation a considéré que l’on pouvait puiser gratuitement dans les ressources naturelles de notre planète : l’air, le sol et l’eau. Et l’on découvre progressivement que ces ressources sont limitées, et que leur usage a un coût. L’eau, la première, a bénéficié de notre prise de conscience : après avoir rejeté nos égouts dans les ruisseaux, on a pris conscience, il y a un demi-siècle, de la nécessité de protéger nos cours d’eau. Nos collectivités publiques ont investi massivement dans l’épuration et, parallèlement, elles ont fait payer la consommation d’eau courante. Puis ce fut le tour de l’air : filtration des fumées, assainissement des chauffages, introduction du catalyseur. Quant au sol, on a mesuré les conséquences du déversement des produits chimiques sur les terres agricoles et celle de l’enfouissement des déchets. Et si l’énergie nucléaire continue à bénéficier d’un certain soutien, c’est qu’on ne lui a jamais fait payer le juste prix de la gestion de ses déchets.

En réalité, la nature ignore la gratuité : toute proposition de gratuité s’oppose aux lois de la nature et, par conséquent, menace notre en­viron­nement. La nature ne connaît qu’une loi, celle de l’échange : elle prend d’une main ce qu’elle donne de l’autre.

La gauche a fait de la gratuité son fond de commerce électoral : en affirmant que chacun a droit à tout, c’est en réalité la gratuité qu’elle demande. Même si elle ne le dit pas expressément, c’est à cela que tend toute son action : soins médicaux gratuits, logement gratuit, justice gratuite, transports gratuits, culture gratuite. Jusqu’aux promotions scolaires qui devraient être accordées à tous, indépendamment du travail fourni par l’élève.

Mais la gratuité exprime toujours une forme de mépris : mépris pour les ressources naturelles ou mépris pour le travail des autres. Elle constitue une escroquerie, car elle feint d’ignorer qu’il y a toujours un « autre » pour payer. Signalons en passant que nos journaux gratuits participent de la même escroquerie. Les milieux de la culture commencent à prendre la mesure de l’illusion de gratuité que permettent les téléchargements informatiques.

Et ce mépris ouvre la porte au gaspillage, véritable fléau écologique.
Les vrais défenseurs de l’environnement ont compris que la gratuité n’était pas compatible avec le développement durable. Ils tentent au contraire d’exercer sans cesse les individus à prendre la mesure des coûts engendrés par chacun de leurs comportements.

Dans ce contexte, on ne peut que déplorer l’engagement des Verts vaudois pour la gra­tuité de l’accès au Tribunal des baux.
Visiblement, lorsque le populisme de gauche s’op­pose à leurs principes, c’est au populisme que va leur préférence. Il est temps de leur rappeler que la gratuité est un fléau pour l’environnement, et qu’elle doit toujours être combattue dans son principe.

© Jacques-André Haury. Reproduction des textes autorisée uniquement avec l’accord de l’éditeur et avec la citation de la source. Les illustrations sont la propriété de leurs auteurs respectifs.


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