la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
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Quelques réflexions fondamentales sur la question du prix réglementé du livre

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Le livre est un patrimoine culturel important

L’importance culturelle de la lecture et de la diversité du livre est indéniable. Qui ne sait pas bien lire, perd très vite tout lien dans d’autres domaines. Les livres conservent le savoir et l’imagination de l’humanité. Sans livres, il n’y a pas de mémoire historique, pas de transmission, pas de questionnement du présent, pas de débat sur l’avenir.

Sur le plan international, l’aspect de politique culturelle d’une réglementation du prix du livre est largement étayée

Une culture du livre diversifiée et vivante ne peut pas dépendre exclusivement du marché. Une politique en faveur du livre et de la lecture est indispensable. Le prix réglementé du livre est un instrument de promotion culturelle qui a fait ses preuves. Il ne nécessite ni bureaucratie, ni subventions. L’offre riche, à des prix avantageux, est assurée par les achats des lecteurs mêmes. La protection du bien culturel qu’est le livre et la promotion de la diversité, tant au niveau des éditeurs que des libraires, justifient des interventions étatiques légères sur le marché. Ainsi sont nées des lois en France, en Allemagne, en Autriche… Et c’est la position adoptée et défendue par l’UE et l’AELE, récemment dans le cas de l’entreprise autrichienne Libro devant les tribunaux européens.

Le prix réglementé du livre est important également pour les éditeurs et les auteurs suisses

Le prix réglementé du livre renforce non seulement le marché, mais également la diversité du paysage éditorial. Les éditeurs suisses sont de petites ou moyennes entreprises avec, comparativement à d’autres pays, de petites productions et de faibles positions de marché. Leur survie dépend de la possibilité de présenter leurs livres en librairie. Un marché rapetissé à quelques grands groupes et discounters réduirait considérablement la possibilité que des livres produits par des éditeurs suisses y trouvent leur place. Et une détérioration du marché aurait des conséquences directes également pour les auteurs suisses. Pour publier leurs œuvres, ceux-ci, et plus particulièrement ceux qui ne se sont pas encore fait un nom, dépendent entièrement d’un paysage éditorial local diversifié et riche. Les éditeurs investissent en idées.

Parfois, ils sont surpris par les résultats de leurs produits, parfois déçus par les échecs de ceux-ci. Personne ne peut prévoir précisément les ventes d’un livre.Si les canaux de vente se réduisent, si, par la pression économique, de nombreuses librairies sont contraintes de limiter leur offre aux titres courants, alors les opportunités pour les auteurs, les éditeurs et les libraires disposés à prendre des risques s’amenuisent.

La concurrence existe également avec un prix réglementé du livre

Communément, on sous-entend que le prix réglementé du livre supprimerait la concurrence en librairie. C’est le contraire qui est vrai ! Les éditeurs sont actifs dans un marché hautement compétitif.

Chaque année paraissent des dizaine de milliers de nouveaux livres en allemand, en français, en italien… Tous comptent sur la faveur des lecteurs. Lorsqu’un éditeur fixe ses prix, il ne le fait pas sans tenir compte du marché. Il est en concurrence directe avec beaucoup d’autres éditeurs et celle-ci se situe également au niveau des prix. Le prix réglementé du livre empêche simplement que le prix devienne un instrument de marketing en librairie et donne aux grands groupes et à des détaillants extérieurs à la branche des avantages. Tous les acteurs du marché doivent se définir selon la qualité de l’offre et du service.

Le prix réglementé ne coûte rien à l’État

Le prix réglementé du livre est un instrument de promotion culturelle qui fonctionne sans l’argent des contribuables. Par le rendement des livres de bonne vente, les éditeurs sont en mesure de financer une production à risques. Les lecteurs qui achètent des bestsellers permettent à des éditeurs de publier également des titres plus difficiles, plus exigeants ou des livres d’auteurs encore inconnus.

Le marché culturel le plus important avec le moins de subventions

Particulièrement en ces temps de réduction des budgets, il est incompréhensible que l’État n’introduise pas, par loi, l’instrument libéral qu’est la réglementation du prix du livre. Le domaine de la Littérature et du livre, pourtant le plus étroitement lié à la notion de Suisse plurilingue, est nettement moins subventionné que d’autres domaines. En tant que domaine culturel le plus important de Suisse, le marché du livre obtient dans l’ensemble, en effet, moins de subventions de la part des collectivités publiques que le cinéma, le théâtre ou la musique.

Au total, les communes, les cantons et la Confédération soutiennent la promotion de la littérature annuellement à raison de 16 millions de francs, selon les chiffres récents de l’OFC. Le domaine du cinéma – film, production, diffusion, prix, projections, DVD, etc. – bénéficie au total d’un montant de 158 millions et il est question d’une augmentation prochaine de 28 millions (Lydia Zimmer, 2007 ; Jahrbuch für Kulturpolitik 2008 ; Panorama des mesures publiques destinées à la promotion du livre, OFC 2008).

Taux réduit de la TVA sous l’angle européen

Pour expliquer le montant faible de l’aide publique dans le domaine du livre, on avance volontiers qu’il bénéficie en contrepartie d’un taux réduit de la tva. C’est vrai, mais c’est valable aussi pour d’autres domaines de la culture et du sport. À l’étranger, le taux réduit de la tva est également un élément de la politique du livre. À ce niveau, la Suisse se situe plutôt au milieu ; dans certains pays ce taux est nettement inférieur.

Évolution du marché sans prix réglementé en Suisse alémanique

Les conséquences d’une libéralisation d’un marché du livre peuvent être observées en Suisse. Depuis la levée du prix fixe en Suisse romande, le nombre des librairies et des maisons d’édition y a nettement diminué. Le rapport qui accompagne l’avant-projet de loi le reconnaît d’ailleurs également. De règle générale, les prix des livres y sont nettement plus élevés qu’en Suisse alémanique.

Depuis le 2 mai 2007, le marché alémanique est libéralisé et les premiers effets observés font craindre qu’il n’évolue dans une direction semblable à celle de la Suisse romande, voire, à terme, à celle de la Grande Bretagne. Dans ce pays, près de la moitié des petites et moyennes librairies ont disparu, les prix publics des livres ont pris l’ascenseur, le marché des bestsellers s’est déplacé de la librairie chez des discounters, étrangers à la branche (l’effet « Tesco »). En Suisse, la stratégie agressive d’Ex Libris qui pendant des mois vend des livres à prix cassés, ou encore celle de Media Markt et d’Interdiscount qui, en automne 2007, vendaient les volumes de la série Harry Potter à des prix inférieurs à leurs prix d’achat sont des signes annonciateurs d’une telle évolution du marché et font craindre le pire pour l’avenir de la librairie.


Référence
prix réglementé du livre

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