la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
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Mission : signatures

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Agents T. Ausloos (matr. 0013) et C. Arnould (matr. 008). Vous trouverez ci-joint le rapport de la mission “Signatures” effectuée entre le 4 (QUATRE) juillet et le 16 (SEIZE) août 2008 (DEUX MILLE HUIT) par les agents C. & T. Ce document est classé Top Secret.

Genèse

C’est au début du mois de juin que la rédaction de CultureEnJeu a reçu un petit colis. Aucune indication d’expéditeur. Une fois le papier kraft enlevé et la boîte ouverte, on en retira un petit appareil électronique. Il s’agissait d’un lecteur MP3. Après l’avoir enclenché, l’équipe du journal réunie au grand complet entendit le message suivant :
« Bonjour, Mesdames, Messieurs. Votre mission, si toutefois vous l’acceptez, sera de récolter un maximum de signatures pour l’initiative des jeux d’argent au service du bien commun durant les festivals de l’été. La réussite de cette initiative est primordiale pour la survie de la culture en Suisse. Si vous et les gens qui soutiennent cette cause, veniez à échouer, l’avenir de ce pays ne serait qu’uniformité et obscurantisme. »

À peine le message terminé, l’appareil émit un bruit strident, suivi d’une petite explosion qui ne laissa qu’un tas de cendres sur la table.
Nous restâmes interloqués un long moment… Une fois la fumée dissipée, c’est notre dirigeant suprême F. (alias F. Gonseth, Président et stratège) qui prit la parole : « Cette mission est faite pour nous. Depuis sa création, ce journal s’évertue à défendre la création artistique sous toutes ses formes. Il défend aussi les sources de financement de cette culture. L’une d’elle est gravement menacée, il est donc de notre devoir de la protéger, d’aller porter la bonne parole et de faire signer le maximum de festivaliers-citoyens (sic) ! »

Il fut décidé que cette mission très sensible serait confiée aux agents C. (alias C. Arnould, plus connu comme le Tiger Woods de la Riviera) et T. (alias T. Ausloos, le batteur arythmique). Un plan de bataille fut immédiatement conçu. Il prévoyait d’attaquer au cœur même de quelques-uns des plus importants événements culturels de l’été.

Cibles

Les cibles privilégiées furent rapidement choisies : le Montreux Jazz Festival, le Festival de la Cité; le Paléo, le Festival du Film de Locarno et Rock Oz’Arènes.

Plan

Outre la récolte d’un maximum de signatures, les buts de cette opérations sont de profiter de notre présence sur le terrain pour renforcer le réseau des artistes en Suisse autour de l’initiative et de partir à la rencontre du lectorat de CultureEnJeu et du grand public afin de mieux faire connaître le journal.

Nous avons discuté avec G. (alias G. Morin, trésorier et armurier de l’équipe) des moyens et des gadgets qui seraient mis à notre disposition pour cette longue campagne d’été. Nous pourrons disposer d’une grande et belle tente d’un blanc immaculé, qui servira à accueillir les signataires et à les protéger du soleil (rarement) ou de la pluie (souvent…). Nous disposerons bien évidemment de nombreux formulaires pouvant recueillir une, deux ou six signatures en français, en allemand ou en italien ; faites le compte, les possibilités sont quasi infinies. Nous aurons aussi un frigo de camping, des plantes vertes ainsi que des tables et des chaises pour accueillir des invités de marque et pour le repos (bien mérité) de nos troupes ; et, bien sûr, des piles de CultureEnJeu comme matériel de propagande. Plus surprenant, on nous a distribué des petits drapeaux dont l’utilité nous échappe encore, peut-être pour servir de cadeaux de bienvenue dans le but de pactiser avec les populations autochtones hostiles…

Une fois le plan des opérations finalisé, nous nous sommes attelés au recrutement des troupes qui allaient soutenir nos deux agents en charge de la mission. Pour ce faire, nous avons fait appel à nos réseaux dormants, qu’il s’agisse des membres de CultureEnJeu ou de nos réseaux culturels personnels. De plus, nous avons sollicité le groupe « Suisse : Culture en danger » sur Facebook. Celui-ci a parfaitement joué son rôle de relais auprès des centaines de membres inscrits.

En outre, une demi-douzaine d’acteurs culturels nous ont proposé spontanément de venir faire signer bénévolement l’initiative tellement cette action leur semblait essentielle.

En fin de compte, le noyau de notre équipe d’une vingtaine de récolteurs se trouve principalement constitué d’étudiants et d’intermittents du cinéma, du théâtre et de la danse. Cela nous permet d’avoir des gens conscients et bien informés des enjeux derrière cette initiative et ayant l’énergie nécessaire pour affronter inlassablement le public.

Montreux Jazz Festival

Premier objectif sur notre liste : le Festival de Montreux. Nous avons été bien aidés par la direction du Festival qui nous a gracieusement mis à disposition un emplacement idéalement situé à l’entrée du Miles Davis Hall, lieu de passage stratégique entre les salles de concerts et les quais (ndlr : merci à Mathieu Jatton, secrétaire général, et à Stéphanie Aloysa-Moretti, responsable de la Fondation 2). Nous y avons aménagé un stand avec un coquet petit salon.
Dès l’ouverture du Festival, le vendredi 4 juillet, nous disposons d’une équipe de 5 personnes sur le pied de guerre.

Mode opératoire

Pour nos agents-récolteurs, le mode opératoire est toujours le même :
  1. repérer sa cible,
  2. l’aborder avec un grand sourire et immédiatement lui demander si elle a le droit de vote en Suisse (malheureusement seuls les citoyens suisses de plus de 18 ans et résidant en Suisse peuvent signer une initiative populaire au contraire d’une pétition ouverte à tous, sans distinction d’âge ou de nationalité).
  3. Dans la foulée, lui demander si elle connaît l’initiative sur les loteries et lui proposer de la signer. En règle générale, lorsque l’on cite le mot magique « Loterie Romande » dans l’argumentaire, la signature est acquise et l’opération est terminée en trente secondes à peine.

Röstigraben à numéros ?

À ce point-ci du rapport, il est important de noter qu’il existe malheureusement un röstigraben de plus, dont nous ne soupçonnions pas l’existence avant de commencer cette mission. Lorsque vous parlez du système de répartition des bénéfices de la loterie à un Romand, il est parfaitement au courant du fonctionnement. Par contre, lorsque vous abordez la question avec un Suisse-allemand ou un Tessinois, on se rend tout de suite compte qu’il ne connaît pas du tout le mécanisme de répartition. Pour une fois, les Romands peuvent être fiers d’avoir un système plus efficace et avec une meilleure notoriété.

Par contre, outre-Sarine, les loteries fonctionnent différemment dans chaque canton et les bénéfices sont très souvent versés directement dans les caisses cantonales. Les bénéficiaires ne se rendent donc pas bien compte de la provenance de leur subvention. D’où un travail plus important pour obtenir une signature : l’argumentation est beaucoup plus longue et détaillée et souvent la personne repart sans avoir signé sur place, mais avec le formulaire pour l’étudier tranquillement à la maison. À noter néanmoins que nous disposons d’une arme très efficace dans ce cas de figure avec le numéro spécial de CultureEnJeu en allemand. En effet, après avoir exposé notre argumentaire, notre interlocuteur est souvent encore hésitant et c’est à ce moment que nous lui montrons le numéro spécial qui achève souvent de le convaincre définitivement grâce, entre autre, aux nombreux témoignages d’acteurs culturels suisse-allemands !

Attention au piège

Mais attention, il peut exister des ratés sans doute dus à la répétition et à la fatigue, on oublie les précautions d’usage et… c’est le piège. Il s’agit souvent d’une cible dont on n’arrive pas à déceler l’accent. Quand on lui explique que l’argent des loteries va à l’utilité publique, elle est très intéressée. On ne se méfie pas assez de sa méconnaissance totale du fonctionnement de la Loterie Romande. Alors on est content d’autant d’attention et on argumente, on développe, on s’emballe et au final elle est d’accord de signer. C’est à ce moment, lorsque la personne remplit le formulaire, qu’on découvre avec effroi qu’elle est… de nationalité française.

Particularité

Une des particularités propre à Montreux est la proximité du Casino. Le Festival est assidûment fréquenté par des hôtesses du casino voisin qui distribuent des jetons incitant à venir y jouer. Pour nous, le jeu consistait à faire signer l’initiative à ces mêmes hôtesses et à se faire prendre en photo avec elles.Comme toute Riviera qui se respecte, Montreux et son festival jazz est un lieu de passage quasi obligé pour les personnalités. Cela a permis à l’équipe de jouer aux paparazzi et à CultureEnJeu de se donner des faux-airs d’Illustré-Voici-Paris Match. C’est ainsi qu’Alain Morisod, François Lindeman ou Polar sont passés signer et poser pour nos objectifs.
Le résultat de l’opération « signatures » au festival Jazz de Montreux fut une vraie réussite ; plus de 3’000 signatures, des contacts pris avec différentes personnes et des discussions intéressantes.
Suite à ce bon début, nous avons décidé d’ouvrir simultanément un deuxième front, au…

Festival de la Cité, Lausanne

Après quelques retard dûs à de petits problèmes d’autorisations tardives et quelques discussions sur l’emplacement que nous pourrions occuper avec notre tente, nous nous sommes installés près de la Cathédrale à côté d’une des scènes pour enfants.

La botte secrète

C’est là que nous avons utilisé pour la première fois l’arme ultime, la botte secrète du récolteur de signatures : le ballon ! Armés de ballons gonflables et d’une bonbonne d’hélium, nous avons développé une technique imparable : pendant que l’un d’entre nous gonflait et offrait des ballons appelant à signer l’initiative aux enfants ébahis, un autre se chargeait de faire signer, sans peine, les parents attendris de voir leur chères têtes blondes si heureuses. Nous avons utilisé ce vil stratagème, avec succès, à de nombreuses reprises durant la campagne.
À signaler que, durant la Cité, nous avons essuyé notre première tempête de l’été, ce qui nous a obligés, sur ordre de police, à fermer notre stand.

Paléo Festival

À la fin juillet, nous nous sommes rendus sur la Côte, où chaque année se déroule la grande transhumance estivale : le Paléo Festival. Pour des raisons de politique interne, le Paléo n’accepte pas la récolte de signatures dans l’enceinte du festival. Par contre, ils aménagent sur la route d’accès une sorte de village politico-humanitaire regroupant différentes causes, ONG et associations.

Autres organismes

C’est ainsi que nous avons partagé notre emplacement avec les gentilles dames représentant Reporter Sans Frontières. Plus loin, on trouvait les pro-cannabis, les anti-avions de combat, etc. Les spectateurs qui se dirigeaient vers le festival se sentant un peu agressés par tant de nobles sollicitations, nous avons opté pour une tactique de dispersion. Nos récolteurs se sont éparpillés aux alentours du terrain de l’Asse. Cette stratégie fut payante, puisque nous avons obtenu un très bon score, avec des pointes à plus de 450 signatures par jour. Ce qui n’a pas empêché quelques personnalités comme le chanteur K ou Mme Michelle Schenk, présidente de l’Organe de répartition romand de la LoRo, de passer nous soutenir à notre « camp de base ». Après Nyon, direction le Tessin pour le…

Festival du Film de Locarno

La mission Tessinoise est double : conforter l’action d’Inner Beauty de 2007 auprès des professionnels et venir à la rencontre des Tessinois et des Alémaniques sur une manifestation d’envergure internationale dont 15% du budget provient de Swisslos.
Bien situé entre les entrées de la Sala et de l’Altra Sala, l’équipe de récolteurs se concentre principalement sur les files d’attentes de ces deux salles et celle de la Fevi qui regroupe le plus grand potentiel de spectateurs (ndlr : un grand merci à Frédéric Maire qui a nous a permis d’avoir cet excellent emplacement).

Une troupe trilingue

Notre équipe, dont seulement la moitié pratiquent couramment l’italien et le suisse allemand, redouble d’ingéniosité pour s’adapter à ce public trilingue. C’est le cas de notre agente championne incontestée de la signature, T. (alias A.-L. Tacheron), danseuse professionnelle, qui apprend par cœur la formule magique « buongiorno avete già firmato l’iniziativa delle lotterie ? », pour ensuite enchaîner par « parla francese ? » et continuer son argumentaire dans sa langue natale. Terriblement efficace… quand c’est combiné avec le charme naturel de la danseuse.

L’agent spécial A.

Afin de continuer le travail d’information et de sensibilisation des professionnels alémaniques à la problématique de la survie des Loteries suisses, le comité de CultureEnJeu a réussi à infiltrer un agent très spécial. Après avoir organisé l’événement Inner Beauty en 2007, A. (alias Adrian Blaser) a profité de sa couverture pour parfaitement informer les professionnels d’outre-Sarine de l’importance des enjeux de cette initiative, grâce à sa connaissance du milieu alémaniques du cinéma suisse.

Personnalités

Le stand de CultureEnJeu a eu le plaisir de recevoir la visite de nombreuses personnalités, majoritairement romandes telles que : le réalisateur d’animation et président du Groupement suisse du film d’animation Zoltan Horvath, du réalisateur et producteur Xavier Ruiz, du réalisateur Franz Josef Holzer, du distributeur Alain Bottarelli, du compositeur Lauréat du prix Suisa de la meilleure composition Jérôme Baur et de bien d’autres encore.

Festival Rock’Oz’Arènes, Avenches

Simultanément à l’événement tessinois, une deuxième équipe fut mise sur pied pour s’attaquer aux Arènes d’Avanches. À l’occasion du dernier festival estival dans lequel l’équipe de CultureEnJeu a opéré, nous nous trouvions dans l’enceinte même du festival, dans la zone des stands derrière la scène du Château. Nous partagions une tente communautaire avec deux associations, l’une prônant le co-voiturage, l’autre la prévention.

En terrain hostile

Première différence avec Locarno, à Rock’Oz’Arènes il fait froid et il pleut… et certaines fois, c’est carrément la tempête !
Deuxième différence, le public « techno-dance » est beaucoup moins porté sur les questions « culturelles » que le public cinéphile. C’est ce que l’on a pu constater à nos dépens lors de la soirée techno du vendredi, avec des gens pour le moins indifférents à… tout !Néanmoins, nous avons eu une gloire régionale qui est venue supporter la récolte puisque le rocker valaisan (sic !) Constantin est passé nous dire bonjour.

Compte-rendu

C’est ainsi que s’est terminé cette première campagne de signatures. Au long de l’été, nous avons récolté plus de 7’000 paraphes qui ont été apposés aux bas des liste de l’Initiative Pour des jeux d’argent au service du bien commun ! Au moment d’écrire ce rapport de mission, nous venons d’entamer notre deuxième campagne qui va nous mener à Bd-Fil, Label suisse et la Nuit des musées à Lausanne…

Remerciements

Cette mission n’aurait jamais été couronnée de succès sans le formidable engagement de tous nos récolteurs qui n’ont jamais faibli face à la rude tâche qui consiste sans cesse a répéter le même argumentaire face à un public qui n’est pas toujours acquis. Qu’ils en soient mille fois remerciés ! Un grand merci aussi à tous les festivals qui nous ont si bien accueillis. Et pour finir un grand merci à nos « Miss Moneypenny » de la LoRo qu’ont été Astride Lavanderos et Danielle Perrette pour leur aide logistique.

© Rédaction de CultureEnJeu. Reproduction des textes autorisée uniquement avec l’accord de l’éditeur et avec la citation de la source. Les illustrations sont la propriété de leurs auteurs respectifs.


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