la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
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« L’éclatement du Valais garantit sa diversité artistique »

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Y a-t-il un véritable centre valaisan urbain de la culture ?
André Pignat [1] : Non, il n’y a pas de centre culturel en Valais. Ce canton ne se pense pas comme Genève ou Vaud, où une grande ville détient le quasi-monopole de la culture. En Valais, le canton lui-même est une grande ville. On met moins de temps pour aller de Sion au Théâtre du Crochetan à Monthey que pour traverser la ville de Genève en voiture. Les villes développent leur propre politique culturelle, ce qui les rend plus complémentaires que concurrentes.
Genève et Lausanne donnent le « la » de la politique culturelle de leur canton. Qu’en est-il du Valais ?
Ni les communes ni le canton ne donnent le « la » de la politique culturel du canton. Les intervenants culturels sont multiples. Selon les projets, il est bon de choisir la ville dans laquelle on veut réaliser son projet, car chaque ville privilégie un art plutôt qu’un autre. Une ville pourrait ne pas se sentir concernée par un projet alors qu’une autre pourrait s’enthousiasmer. Voilà l’intérêt d’avoir plusieurs pôles de décision au niveau communal.
Quels sont les rapports entre la politique culturelle des villes et celle du canton ?
Les villes ont une certaine autonomie décisionnelle au niveau culturel, ce qui permet à chacune de privilégier une expression artistique plutôt qu’une autre et d’éviter ainsi une uniformité de l’offre artistique. La politique communale est souvent une politique du court terme répondant aux besoins immédiats des artistes. Quant au canton, son rôle est d’harmoniser les politiques communales et d’avoir une vision à moyen et long termes.
Serait-il souhaitable de créer une unité de ressources financières pour donner plus d’ampleur aux projets culturels ?
Il faut éviter une unité de ressources financières, car elle diminuerait le dynamisme culturel. Il faut trouver un juste milieu entre qualité et quantité de production. Pour nous, il est vital que le Valais reste éclaté afin de maintenir son foisonnement artistique. De plus, cet éclatement a des raisons historiques. Il y a une forte tradition de culture amateure en Valais, qui permet à beaucoup de Valaisans d’accéder très tôt à une expression artistique et, peut-être, d’en faire un métier. Mais pour que l’art devienne rentable, il faut atteindre une masse critique dans les domaines professionnel et amateur. Elle est atteinte chez les amateurs, mais pas chez les professionnels. Le Valais essaie d’y remédier en stimulant les différents pôles du canton.
Les villes sont complémentaires, pas concurrentes
Comment les centres culturels comme Interface, les théâtres et les artistes vivent-ils cette situation ?
Très bien ! Le Valais est en devenir, ce qui est très stimulant. On a l’impression de participer à son histoire. Nous avons confiance en nos interlocuteurs. Nous sentons une réelle volonté d’améliorer la situation. Les particularités valaisannes nous permettent de concevoir un art différent, quelque chose qui ne se fait pas, ou plus. Nous avons le sentiment d’être entourés et soutenus. Bien sûr, les soutiens financiers n’ont rien à voir avec ceux d’une grande agglomération, mais l’argent ne fait pas tout. Se savoir intégré à un processus qui ne passe pas par la révolte mais par la discussion est bien plus dynamisant que de recevoir une somme d’argent importante pour que l’on arrête de se plaindre.
Avez-vous l’impression que beaucoup d’artistes quittent le Valais ?
Jusqu’en 1990, tous les artistes valaisans s’expatriaient. À partir de 1990 et jusqu’en 2000, certains ont décidé de rester et de faire évoluer la situation. Depuis 2000, des artistes d’autres cantons s’installent aussi, sentant que le canton leur offre la possibilité de créer de manière différente. Pour nous, le manque de tradition artistique professionnelle représente une forme de liberté. Tout reste à faire, les choses ne dépendent que de nous, nous n’avons pas à supporter le poids du passé…
Quels sont les domaines culturels que vous souhaiteriez voir se développer davantage et qui vous semblent déficitaires en Valais ?
Nous souhaiterions surtout trouver le moyen pour que les artistes valaisans puissent vivre de leur art sans avoir à s’expatrier. Mais pour cela, il faut chercher à augmenter les moyens financiers disponibles dans le canton.

Bien sûr, en Valais, les moyens pour la culture sont insuffisants, mais il ne faut pas se borner à exiger une augmentation de ce budget. Il faut chercher à intégrer la culture dans le paysage économique et social du canton. Pourquoi ne pas stimuler les entreprises à faire du mécénat ? Si le sponsoring était exempté d’impôt, elles s’intéresseraient davantage à la culture, le mécénat n’étant rien d’autre qu’une forme différente de publicité. Il ne s’agit pas de dire que l’État doit se désengager, mais de permettre aux artistes d’augmenter leurs ressources. Quant aux artistes, ils doivent prendre conscience qu’ils jouent un rôle dans cette société, qu’ils sont des partenaires tant dans le domaine politique, économique que social.


[1] Metteur en scène, compositeur, cofondateur du Studio Théâtre Interface à Sion.

© Gérald Morin. Reproduction des textes autorisée uniquement avec l’accord de l’éditeur et avec la citation de la source. Les illustrations sont la propriété de leurs auteurs respectifs.


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