la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
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Sam Stourdzé : « Un musée n’est pas un building, c’est un esprit »

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Dans les années 1980, la plupart des musées exposent la photo comme un sous-art, à la différence du MoMA de New-York qui depuis 1930 collectionne des clichés et ouvre dès 1940 un département photo. En 1980, l’État de Vaud installe, dans une villa de Maître du XVIIIe siècle sur les bords du lac Léman, le Cabinet cantonal des estampes. Le journaliste Charles-Henri Favrod convainc en 1984 les autorités vaudoises de créer dans ce même lieu un musée de la photographie qui deviendra rapidement mondialement connu sous le nom du Musée de l’Élysée. Avec la présence de l’École de photo de Vevey et celle du Musée des arts décoratifs à Lausanne, l’arc lémanique s’est ainsi doté d’un pôle d’excellence autour de la photo.

Le Musée de l’Élysée est un musée d’État géré par le canton et la Fon­dation de l’Élysée, fondation de droit privé et d’utilité publique qui en assurent son budget. C’est un véritable partenariat public et privé dont les règles sont claires : la Fondation est au service du Musée qui est un service public. Ces trois dernières années, de nouveaux partenaires sont venus fortifier la présence de la Fondation. Ainsi le budget qui était jusqu’ici couvert au 2/3 par l’État et à 1/3 par la Fondation, se retrouve aujourd’hui à 50/50 avec un léger apport supplémentaire de la part de la Fondation.

« Mes débuts dans la photo »

« À l’âge de 20 ans, je suis tombé sur le livre The Americans de Robert Frank, photographe suisse émigré aux États-Unis. Ses photos en noir et blanc ont été pour moi une révélation qui m’ont donné l’envie de passer à l’action. C’est devenu un rêve que j’ai eu envie de réaliser. Je suis entré en photographie comme on entre en religion. »

À 25 ans, il devient commissaire et producteur indépendant d’expositions, activité qu’il va exercer pendant 12 ans jusqu’à ce qu’il prenne la direction du musée de l’Élysée en mai 2010. C’est un fin connaisseur de la photo, même s’il avoue être lui-même un piètre photographe.

Le plaisir de diriger un musée consacré à la photo

« En prenant la direction du Musée de l’Élysée, je me rendais compte que j’avais le plaisir de travailler avec une petite institution qui bénéficiait d’une importante histoire fondatrice de musée de la photo en Europe. J’allais avoir la chance de piloter une structure formidable qui avait le mérite de n’être pas trop lourde et d’être ainsi à la tête d’une institution qui permettrait d’avoir une stratégie avec des instruments efficaces pour la mettre en pratique. Mon expérience internationale m’a permis, en reprenant les rênes du musée, d’avoir une vision assez claire du statut de la photo aujourd’hui et de son avenir. De plus, je disposais aussi d’un splendide espace public à faire partager.

Une vision pour le Musée

« Un musée n’est pas un building, c’est un esprit. J’ai eu envie de positionner ce musée comme pôle d’excellence dans six domaines. En présentant des expositions aussi bien de photographes connus ou méconnus appartenant déjà à l’histoire que de talents contemporains. En enrichissant nos collections actuelles de nouvelles acquisitions (Charlie Chaplin, Marcel Imsand, Gilles Caron, Gerald de Baros, Adolphe Braun…). En optimisant nos techniques de conservation. En développant nos éditions de livres, de catalogues accompagnés du magazine semestriel ELSE qui vient de fêter son deuxième anniversaire. En perfectionnant notre communication. En développant un volet pédagogique en partenariat avec le Festival Images de Vevey, l’ECAL de Lausanne et le Foto Museum de Winterthur. En créant avec la cafétéria-­librairie et La Nuit des Musées, dans ce cadre idyllique avec vue sur le lac, une convivialité nouvelle apte à attirer un plus grand nombre de visiteurs. J’aimerais que l’on aille au Musée de l’Élysée presque les yeux fermés, en faisant confiance à l’expertise du musée, un peu comme il nous arrive de choisir un livre en faisant confiance au nom de l’éditeur. »


« Après l’avoir vu passer du statut de docu­ment à celui de l’œuvre d’art, tandis que son format ne cessait de grandir pour gagner la taille des tableaux, qu’avons nous à dire aujourd’hui de la photographie ? De toute évidence, son renouvellement ne se joue plus sur le terrain de l’esthétisme. Ce n’est plus tant la photographie qui change que le regard qu’on lui porte. Et si la reconnais­sance institutionnelle a bien eu lieu, le temps est venu de la déconstruction des modèles de référence. La photographie ne se regarde pas seulement en face mais aussi de côté. Car, à côté de « la » photographie, il y a l’autre photographie, une gigantesque collection d’images qui attend qu’on la réveille. C’est la photographie grattée (Éric Beaudelaire), la photographie collectée (Ludocic Burel ou Martin Parr), la photographie découpée (Roger Dambron), la photographie cible (Type A), la photographie imprimée (Danse macabre), la photographie repeinte (Luciano Rigolini), etc. Cette photographie ordinaire exerce un pouvoir de fascination pour ce qu’elle a été et un pouvoir d’attraction pour ce qu’elle peut devenir. Car l’image utilitaire libère sa poésie dans le mouvement de détournement qu’opèrent tous ceux qui se l’approprient. Il y a quelques décennies déjà, la photographie suscitait la polémique en affirmant que regarder c’est créer, mais, aujourd’hui, identifier, s’approprier, voir, c’est aussi créer. »
Sam Stourdzé, éditorial ELSE, issue 4, 2012


Biographie de Sam Stourdzé

  • Il est actuellement directeur du Musée de l’Élysée et éditeur en chef du magazine ELSE.
  • Spécialiste des images, ses recherches portent sur leurs contextes de production, de diffusion et de réception. Depuis plusieurs années, il étudie les mécanismes à l’œuvre dans la circulation des images, avec pour champ de prédilection les rapports entre photographie, art et cinéma.
  • Il a organisé de nombreuses expositions et publié plusieurs livres, notamment Le Cliché-Verre de Corot à Man Ray, les rétrospectives Dorothea Lange et Tina Modotti, Chaplin et les images.
  • En 2009, il a été commissaire de l’exposition Fellini, La Grande Parade au Jeu de Paume à Paris.

© Gérald Morin. Reproduction des textes autorisée uniquement avec l’accord de l’éditeur et avec la citation de la source. Les illustrations sont la propriété de leurs auteurs respectifs.


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