la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
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Esprit de la Dolce Vita, es-tu là ?

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De la Dolce Vita au club rock Le Romandie en passant par Le Bourg, l’envie de musiques actuelles n’a jamais quitté Lausanne, malgré le manque de soutien des autorités politiques. À l’heure où la scène alternative se voit offrir une nouvelle chance, avec la création d’une nouvelle salle pour le Romandie sous les arches souterraines du Grand Pont, retour sur une aventure vieille de plus de vingt ans en compagnie de Tanguy Ausloos, président de Petzi (association faîtière des clubs suisses) et ancien président de l’association E la Nave va, gérante du club Le Romandie.

En 1980-81, le projet d’un espace culturel autonome pour les jeunes Lausannois est l’une des revendications du mouvement contestataire Lôzane bouge. Sous les auspices du syndic radical Paul-René Martin, la Dolce Vita (250 places) voit le jour en 1985 à la rue César-Roux. Noir Désir, Sonic Youth, Red Hot Chili Peppers… En quinze ans d’activités, le club devient une scène centrale en Suisse, puis en Europe. « On s’est fait notre culture grâce à ce lieu, qui était porté par les bénévoles de l’association », se souvient Tanguy Ausloos. À la même période naît le collectif de l’Usine, à Genève et Fri-Son, à Fribourg. « C’était la génération spontanée un peu partout. » D’autres suivent, souvent dans d’anciens lieux industriels, l’Usine à gaz, à Nyon, la Case à chocs, à Neuchâtel, le Rocking Chair, à Vevey, Bikini Test, à La Chaux-de-Fonds, entre autres.

À la fin des années 1990, la Dolce Vita commence à péricliter, sujette à une guerre intestine sans merci. « Le directeur et le programmateur voulaient transformer l’association en fondation. Une bonne partie des membres pensaient que la ‹ Dolce › risquait de perdre ainsi de sa vitalité et de sa force démocratique. »
E la nave va revendique un lieu autonome, associatif, qui génère un large potentiel de socialisation pour la jeunesse
À la même période, la libéralisation des débits de boisson vaudois fait perdre à la Dolce Vita son créneau de revenus nocturnes. « Comme on ne touchait qu’une petite subvention (le club dépend alors du Service de la jeunesse, ndlr) et qu’une programmation de concert est par essence déficitaire, on tournait surtout grâce aux bénéfices des bars. » En 1999, la Municipalité décide de fermer la salle en raison du déficit accumulé. « Avec un groupe d’habitués de la ‹ Dolce ›, on s’est dit qu’il fallait qu’un tel lieu revive à Lausanne. »

Complémentaires, pas concurrents

L’association E la nave va commence à militer auprès des autorités pour la réouverture de la salle. Finalement, la Municipalité lance un concours d’idées pour un nouveau projet culturel à la Dolce Vita, géré par une fondation. « On ne s’est pas mis sur les rangs, car nous souhaitions fonctionner en association. Notre projet culturel n’est pas concurrent, mais complémentaire à celui de la Ville. »

L’association continue de revendiquer un lieu autonome, au point que Jean-Jacques Schilt, alors syndic socialiste, leur signifie son agacement. Le projet d’Emmanuel Gétaz est choisi par la Ville, mais ne se concrétisera que plus tard, dans une salle quatre fois plus grande, les Docks.
En quinze ans, « la Dolce » devient une scène centrale en Suisse, puis en Europe
La salle de César-Roux est finalement livrée à un collectif de squatters, l’Espace autogéré. « Avec tout le matériel de sonorisation… se souvient Tanguy Ausloos. En réaction, on est allé les squatter, sourit-il. Puis on a essayé de s’entendre avec eux, pour organiser des concerts. Mais il n’a pas été possible de se mettre d’accord pour des questions idéologiques. » E la nave va multiplie les actes symboliques et concerts de soutien (les fameux Lôzane’s burning), sans succès politique. « On a fait le tour des gérances pour chercher un lieu. Mais on ne trouvait rien. » Comme pour l’ouverture de la Dolce Vita, la « providence » vient de la droite… E la nave va rencontre le Municipal radical Olivier Français, chef des Travaux, lors d’un concert sauvage au Conseil communal. « Il nous a couru après et nous a dit : « J’aimerais comprendre. On vous promet une salle, pourquoi est-ce que vous continuez à protester ? » L’association le rencontre et lui donne son point de vue : Lausanne a besoin d’un centre de culture associatif, une structure ouverte, qui génère un large potentiel de socialisation pour la jeunesse. Ce que les futurs Docks n’offriront pas en raison de leur structure professionnalisée.

Public convaincu

Olivier Français met sur pied le projet d’aménagement d’une salle de concert de 200 places sous les arches souterraines du Grand Pont. En 2003, un budget de 1,15 million est voté par le Conseil communal, trois semaines avant celui des Docks (2,7 millions). Le projet des arches reste bloqué trois ans suite à des oppositions. Mais E la nave va a trouvé un partenaire politique. En 2004, elle obtient les clés de l’ancien cinéma Romandie et y organise des concerts, d’abord au compte-gouttes. « De 2004 à 2006, nous n’avions que dix autorisations de soirées par année. Depuis l’automne passé, nous avons le droit de fonctionner librement », se réjouit le membre d’E la nave va. Et la nouvelle salle convainc le public, preuve en est la moyenne de 140 spectateurs par concert. En automne 2008, le Romandie pourra déménager sous les arches du Grand Pont. Dix ans après sa fermeture, l’esprit de la Dolce Vita est toujours là.

© Yvonne Tissot. Reproduction des textes autorisée uniquement avec l’accord de l’éditeur et avec la citation de la source. Les illustrations sont la propriété de leurs auteurs respectifs.


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