la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
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Christophe Fellay – « Mon art s’est construit dans la différence »

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Percussionniste et compositeur, Christophe Fellay est né à Fully, en Valais, il y a quarante ans. Sa musique se veut à l’image de son instrument : multiculturelle, sensuelle et impulsive. Elle flirte avec le trip-hop tordu, le jazz-rock et la musique expérimentale. Chargé de recherche à la Haute école d’art du Valais, Christophe Fellay se produit dans le monde entier. Il compose également pour le cinéma, le théâtre ou la performance. Entretien.

Quelle est la place du percussionniste dans la musique d’aujourd’hui – classique ou moderne – et comment vous situez-vous parmi les autres pratiques instrumentales ?
Depuis la seconde moitié du XXe siècle, les musiques actuelles font la part belle aux percussions, musiques classique et contemporaine en tête. Le percussionniste d’aujourd’hui doit éviter beaucoup de pièges pour pouvoir développer un travail personnel. Les métissages de toutes sortes sont monnaie courante. Le percussionniste, souvent apte à aborder la plupart des différents styles de musique, doit faire sa place et trouver sa voie s’il ne veut pas passer son temps à faire de l’exercice de style. Pour ma part, l’envie de liberté est trop grande. Je me suis affranchi depuis plus de quinze ans du rôle de « batteur » pour mener mes propres projets et chercher à développer un langage personnel. Dans mes diverses créations, j’écris pour des ensembles de cordes, un accordéon contemporain, un ensemble de souffleurs, des tambours bâlois, etc. Mes spectacles en solo découlent directement de mes pièces écrites. Je les décompose pour les reconstruire différemment.
Comment, de Fully en Valais, avez-vous pu construire votre parcours artistique ?
Par la confrontation et l’échange. Le fait de rencontrer et de collaborer avec des artistes de différents continents a été déterminant. Réaliser certains projets à l’étranger m’a aidé à prendre du recul, à mieux comprendre mon travail. Le fait de travailler avec des musiciens, plasticiens, metteurs en scène, écrivains, cinéastes ou producteurs radio m’a fait découvrir l’essentiel de ma démarche. C’est dans la différence que mon discours artistique s’est construit.
Comment peut-on à la fois concilier la vie d’un musicien, d’un compositeur et celle d’un producteur financier ?
Nous avons créé une structure associative qui s’occupe de la gestion des différents projets que nous réalisons, un peu comme le ferait une compagnie de théâtre ou de danse. C’est un peu particulier dans le domaine musical « non classique », mais ceci nous permet d’anticiper les saisons de tournées et de créations et, ainsi, de les rendre financièrement viables.
Le percussionniste d’aujourd’hui doit éviter nombre de pièges pour développer un travail personnel
Nous essayons de ne pas passer le plus clair de notre temps à faire de la recherche financière : le propos de notre travail est avant tout artistique. Nous évitons de perdre notre temps avec les structures qui nous demandent de produire beaucoup de paperasse pour un soutien financier qui couvre à peine les heures de travail administratif. Nos principaux soutiens viennent de l’État du Valais, de la Loterie romande, du Pourcent culturel Migros, des Villes et des différentes structures qui nous accueillent en création. Le reste provient de la vente des concerts en tournée ou en festival. Enfin, j’ai un certain nombre de commandes dans des domaines aussi divers que le court-métrage, le théâtre, la performance, la création radiophonique, dont le produit participe au financement de notre structure.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous manque le plus dans votre travail ?
Les manques sont du côté de la diffusion. En Suisse, nous créons une œuvre, nous la jouons entre 20 et 30 fois, puis le processus recommence. Il faudrait réfléchir à la manière de pouvoir mieux présenter notre travail à l’étranger. C’est ce que notre structure associative cherche à faire et, chaque fois que c’est possible, la rencontre a lieu avec le public, les médias et les partenaires. C’est vraiment très important, car c’est ce qui procure aux créations futures un réseau élargi, des moyens financiers plus grands et une audience plus large. Mais cette démarche demande une énergie formidable et beaucoup de temps, sans parler des moyens financiers mis en œuvre pour que les projets se déroulent dans des conditions adéquates.

© Gérald Morin. Reproduction des textes autorisée uniquement avec l’accord de l’éditeur et avec la citation de la source. Les illustrations sont la propriété de leurs auteurs respectifs.


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