la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
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Les 80 ans du Rex de Vevey – Léon, Yves et Meryl Moser : trois générations d’exploitants passionnés

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En 1928, une grande révolution vient d’avoir lieu dans le domaine du film. Du muet on est passé au film parlant, phénomène qui crée un engouement et une curiosité supplémentaire pour des spectateurs toujours plus friands de spectacles sur grand écran. Ce progrès technique incite les distributeurs et les exploitants à créer de nouvelles salles de cinéma permettant la projection de films sonores. La ville de Vevey n’est pas en reste dans cette mise à disposition du public d’une grande salle destinée au 7e Art.

La municipalité socialiste construit en 1933 une Maison du Peuple qui abrite à la fois le siège du Parti socialiste, une grande brasserie sur trois étages, un salon de coiffure et un cinéma. Jean Muller a pris la gestion de la brasserie, et décide de confier celle du cinéma à son neveu Léon Moser qui vient d’avoir 27 ans. « Moi j’ai une profession respectable » lui dit-il. « Je suis restaurateur. Je ne peux pas me permettre de faire un métier de saltimbanque qui nous mènera on ne sait où. Toi tu es jeune. Tu n’as pas de famille à charge. Donc, tu ne risques rien. » « Et c’est comme cela, nous rappelle Yves Moser, que mon père est parti dans cette aventure en 1933. Comme il ne faisait pas de politique et qu’il voulait attirer le plus large public possible dans ce cinéma construit dans la Maison du Peuple, il l’a appelé Rex, s’inspirant probablement du cinéma parisien, le Grand Rex, qui venait d’ouvrir ses portes l’année précédente. » Le Rex de Vevey inaugure sa salle de 540 places le 27 octobre 1933 avec la projection du film La Maternelle de Jean Benoit-Lévy et Marie Epstein, avec Madeleine Renaud. Le prix du billet est de 3 francs et le projectionniste engagé ce jour-là restera fidèle à ce cinéma pendant cinquante ans.

Quarante ans plus tard, Léon Moser gère six salles, mais on entre dans une longue période de crise qui va durer une bonne quinzaine d’années. Il y a la concurrence entre les exploitants, l’engouement pour la TV, l’arrivée des casettes VHS et, les moyens de transport étant facilités, une partie du public veveysan se déplace à Lausanne pour voir davantage de films « grand public ».

Un jour, il décide de passer lui aussi la main à son fils. « J’avais terminé ma licence de droit et j’étais parti faire un stage en Allemagne avec l’intention de suivre une école de cinéma. Un matin de juillet 1974, mon père me prit à part : “Quand tu finis ton stage, tu viens ici au cinéma. Moi, je m’occupe du bistrot, toi tu t’occupes des cinémas. Si ça te plaît, tu reprends les cinémas. Si ce n’est pas le cas, je les vends.” Il ne m’avait jamais parlé gestion avant. Il m’a fallu apprendre très rapidement. J’ai repris le business avec six salles le 18 décembre 1974. J’avais 25 ans. Au bout de trois mois, j’ai expliqué à mon père qu’on ne pouvait plus se permettre d’avoir des concurrents sur place. Il fallait reprendre tous les cinémas.» Et quelques mois plus tard, Yves va gérer aussi les deux autres salles de la région.

Entre 1978 et 1979, père et fils décident de construire un complexe multisalle. C’est un peu une folie, mais Il faut prendre des risques si l’on veut garder le public. Léon propose de transformer le Rex en deux salles ; Yves suggère d’en faire trois. Ainsi en 1980 voit le jour le premier multisalle suisse qui attire aussitôt un large public séduit par une programmation plus riche. En 1982, tous les cinémas « Moser » sont réunis sous une seule et même appellation : Cinérive.

« Il fut une époque où l’on faisait entrer les gens par une porte et sortir par une autre à même la rue. Cela n’est plus possible aujourd’hui. Il faut que le cinéma soit un lieu convivial où l’on peut aussi rester après la projection pour discuter ou boire un verre. Si tu ne tiens pas compte de ce facteur, tu meurs à moins d’avoir des subventions publiques. »

Chaque époque a ses changements techniques ou sociétaux auxquels il faut répondre rapidement. Le passage de la pellicule au numérique est aussi important que le passage du muet au son. Auparavant, il y avait eu le passage des projecteurs au charbon à ceux au xénon, la venue du CinemaScope, puis l’arrivée du son Dolby.

Yves Moser n’est pas prêt de lâcher son activité d’exploitant. Il a maintenant à ses côtés sa fille Meryl, comédienne, scénariste et réalisatrice, qui a tous les atouts pour donner un second souffle à cette entreprise. Ensemble, ils fêteront à Vevey les 25, 26 et 27 octobre prochains les 80 ans du Rex, rendant hommage à des grands maîtres du 7e Art comme Charlie Chaplin et Federico Fellini, sans oublier des auteurs suisses tels que le comique Emil ou le cinéaste Yves Yersin.

© Gérald Morin. Reproduction des textes autorisée uniquement avec l’accord de l’éditeur et avec la citation de la source. Les illustrations sont la propriété de leurs auteurs respectifs.


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