la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
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Neuchâtel veut apprendre à danser

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En matière de danse, Neuchâtel regorge de belles initiatives. Mais l’argent manque, et pour exercer cet art, il faut apprendre le dénuement. Tour d’horizon.

Les enfants rêvent du Lac des cygnes, les plus grands s’initient au jazz ou aux claquettes : une dizaine de petites écoles de tous styles, cloisonnées, affichent complet au Pays de Neuchâtel. La région veut apprendre à danser.

Mais être danseur, c’est accepter des règles monastiques, c’est accepter d’être en marge du quotidien. Depuis la création du Prix de Lausanne, en 1974, quatre jeunes Neuchâtelois en ont été les heureux lauréats. Stéphane Prince fait carrière à Paris. Après quelques années de présence dans les théâtres étrangers, Mylène Rathfelder et Nicolas Maire ont repris d’autres chemins professionnels. Marina Grandjean s’est distinguée sur les scènes allemandes, puis à Lyon chez Maguy Marin. Elle dirige aujourd’hui avec Michael Hartmann une école à Corcelles-Cormondrèche, où les techniques contemporaines sont enseignées parallèlement aux classiques. La danseuse Belge Catherine Dethy, transfuge du Béjart Ballet Lausanne, enseigne à l’école JC Équilibre, dirigée par Josiane Cuche à Neuchâtel.
Les compagnies travaillent sans espoir de subsides

Dénuement

Installées dans le canton de Neuchâtel, les compagnies s’habituent à vivre dans le dénuement et travaillent sans espoir de subsides. Alors, elles jouent leur avenir sur un coup de dé. Sinopia, créée en 1985 à La Chaux-de-Fonds par Étienne Frey, Jean-Claude Pavailli et Catherine Dethy, a capitulé en 2003.

Objets-Fax, fondée à la même époque par Jean-Claude Pellaton et Ricardo Rozo, poursuit son activité au Pays de Neuchâtel ainsi qu’en Amérique latine, six mois par an. Biennal, le Festival Antilope caractérise cette troupe, dirigée vers la re­cherche contemporaine.

Ouverture

Lorsqu’un mouvement tel que Scène ouverte, initié par l’Association Danse Neuchâtel (ADN) voit le jour, le premier réflexe est de lui souhaiter bonne chance, d’autant qu’en cette période de crise, il est ressenti par les danseurs comme un motif d’espérance. Lorsqu’une telle entreprise, bien accueillie par le public depuis dix ans déjà, se développe sans grands moyens financiers, nous ne pouvons que souligner son courage et son succès.

Dès les premières années, ADN a fait des accueils, deux à trois fois par hiver. Actuellement, l’idée de François Nyffeler et Josiane Cuche, à la tête de l’institution, est d’utiliser la période estivale, durant laquelle il est possible d’accueillir des compagnies dans un concept d’ouverture, de manière à provoquer des rencontres entre les gens. Deux à trois spectacles par soirée, en salle ou à l’extérieur, créent ce pont entre les danseurs, les amateurs et le public. Émergents, professionnels, chorégraphes, font connaissance. Les relations se maintiennent année après année.

Pas une utopie

Cette profession de foi est considérée comme une expérience. Sans doute ne faut-il pas l’enfermer dans des limites rigides. La réunion d’artistes, danseurs, musiciens, comédiens désireux d’appréhender leurs techniques ainsi que leurs pratiques – afin de trouver la voie capable de déplacer les barrières existantes entre les arts, les gens et les régions – n’est pas utopique.

La Zurichoise Anna Huber, le Genevois Foofwa d’Imobilité, le Collectif utilité publique de Lausanne, Célina Chaulvin, Nicole Seiler, et d’autres, ont développé le concept suggéré par Scène ouverte 2006.

Au-delà du retour au texte opéré par nombre de compagnies, parallèlement à la recherche d’univers et d’histoires originaux, Irina Lopez dans Ein/ander pour une danseuse, deux comédiens et trois musiciens, fait voir une manière personnelle de concevoir la scène contemporaine. Gestes minimalistes, l’œuvre donne une importance grandissante au théâtre, ainsi qu’à la musique. Il s’agit d’une création à six personnages, d’une fugue sur la corde raide, terrain privilégié de la chorégraphe.

ADN ne présente jamais une compagnie dont les directeurs n’auraient pas testé les potentialités. Ils se dirigent vers deux ou trois plates-formes professionnelles à Zurich, Bâle ou Lucerne, ainsi qu’en Romandie et font des percées dans l’underground.

En laissant la parole à François Nyffeler, nous apprenons qu’ADN rend des comptes à ses sponsors, la Ville de Neuchâtel, le canton, Pro Helvetia, la Loterie Romande et les supporters occasionnels.

Les institutions aussi

Créé il y a six mois à Neuchâtel, l’Ensemble modern dance Neuchâtel (EMDN), est ouvert aux amateurs avancés. L’offre s’adresse à de jeunes gens, filles et garçons, dans le but de préparer, épisodiquement, un événement public.

Le paysage neuchâtelois ne serait pas complet si l’on omettait de signaler les spectacles institutionnels, en général classiques ou néo-classiques, offerts deux à trois fois par an par le Théâtre du Passage à Neuchâtel, le Théâtre de L’Heure bleue à La Chaux-de-Fonds. Le Théâtre populaire romand (TPR), ainsi que le Centre de culture ABC, à La Chaux-de-Fonds, invitent, une fois par saison, une compagnie de renom. Philippe Saire, Linga et d’autres sont passés par là.

© Denise de Ceuninck. Reproduction des textes autorisée uniquement avec l’accord de l’éditeur et avec la citation de la source. Les illustrations sont la propriété de leurs auteurs respectifs.


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