la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
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« La technique libère l’interprète »

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Comédien, danseur et metteur en scène, Armand Deladoey transmet son savoir sur le corps à des comédiens et travaille également avec les chanteurs du Conservatoire de Lausanne. Sa pratique relie donc entre elles les disciplines des arts de la scène. Pour lui, le travail physique du corps, pour les comédiens, s’avère tout aussi essentiel qu’une formation multidisciplinaire.

Votre parcours est particulier : vos expériences professionnelles vous lient tant au théâtre, à la danse qu’au chant…
À l’École romande d’art dramatique, nous suivions, entre autres, un travail de training corporel avec Gilbert Divorne pour l’aisance physique. Lorsqu’il a cessé d’enseigner, j’ai continué à transmettre ce travail. Il a fallu se battre ensuite pour que l’acquisition de l’aisance physique reste importante dans le parcours des comédiens. Et, surtout, qu’elle reste un travail constant. Car le corps est l’instrument de travail de l’acteur-danseur. Cet instrument, il faut l’entretenir, le former.En 1986, j’ai eu la chance de travailler sur scène avec la chorégraphe Noemi Lapzeson. Notre collaboration a duré dix-huit ans. C’était une période clé pour Genève. En danse contemporaine, l’artiste doit donner beaucoup en improvisant sur les thèmes qui se jouent. Et Noemi cherchait quelqu’un d’un profil différent. C’est là que j’ai pu devenir acteur-danseur : en alliant texte et mouvement, le texte dans le mouvement et le mouvement qui vient du texte.
« Le comédien, c’est le réceptacle de tous les possibles de l’humain »
Pendant toute cette période très riche, je me suis formé sur le tas en travaillant au théâtre et en enseignant à la SPAD (Section d’art dramatique du Conservatoire de Lausanne, ndlr). J’allais de l’un à l’autre. Je continue à transmettre cette expérience en donnant des cours d’improvisation au théâtre qui intègrent le travail du danseur et son approche du corps. Quant au travail que je fais avec les chanteurs du Conservatoire de Lausanne, il m’amène à travailler sur le corps à partir de la spécificité du chant. Je me sens comme une sorte de passeur.
Quelles sont les influences qui vous ont amené à croiser ces chemins interdisciplinaires ?
Les années septante et quatre-vingt étaient l’époque des premiers spectacles de Bob Wilson, de Pina Bausch. C’était le temps de l’aventure de Grotowski, du Living Theatre, de Kantor, Strehler, Vitez, et Chéreau. Il y avait une sorte d’ouverture théâtrale. J’ai été formé par André Steiger et Stuart Seide. Et puis le travail avec Soutter m’a fait approcher le cinéma. Ce qui m’a permis d’avoir une vision globale de ce métier aux différents niveaux.
Que peut-on souhaiter aux jeunes artistes en formation ?
Les jeunes devraient avoir une formation pluridisciplinaire. Si tout cela se travaille beaucoup au niveau des concepteurs de spectacle, je le ressens encore comme peu approfondi dans la formation des futurs interprètes. C’est maintenant qu’il faut former les artistes à cette pratique de différentes disciplines. Il s’agit d’intégrer par exemple ce que les arts visuels, les installations et l’art de la performance nous ont amené. De travailler aussi avec des architectes et des concepteurs visuels.
Les spectacles sont souvent pluridisciplinaires. La formation des jeunes devrait l’être aussi !
J’ai la conviction que la technique libère l’interprète. Chez les grands comédiens, on sent que l’art s’exerce tous les jours. C’est une pratique quotidienne, devenue de plus en plus difficile. Aujourd’hui, le produit doit être immédiatement consommable. Mon expérience de tout ceci m’a amené à une conception du théâtre où le comédien n’est pas un porte-personnage. Le personnage passe à travers lui, à travers son instrument. Il doit dialoguer avec son instrument qui est son souffle, son cœur, son intelligence, sa sensibilité, ses émotions. C’est le texte qui donne un mouvement à tous ces éléments et c’est là où se situe le jeu. Il s’agit de réaliser que le jeu passe à travers la voix, le corps, la conscience. C’est ce qui fait du comédien le réceptacle de tous les possibles de l’humain.

© Sima Dakkus. Reproduction des textes autorisée uniquement avec l’accord de l’éditeur et avec la citation de la source. Les illustrations sont la propriété de leurs auteurs respectifs.


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