la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
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Come to the Cabaret !

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La reconnaissance officielle des professions de la danse par les pouvoirs publics est proche. Dès 2008, deux classes pilotes verront le jour, l’une à Lausanne et l’autre à Zurich et délivreront après trois ans d’études un CFC en danse. Cette reconnaissance permettra enfin de donner un statut aux danseurs et danseuses suisses et leur permettra d’avoir un métier à part entière. Mais il est une autre profession, un peu particulière, qui se trouve être régie par de toutes autres lois : celle de danseuse de cabaret.

Drôle d’histoire que celle de cette jeune femme venue d’un pays de l’Est, qui a pratiqué la danse classique, et qui, après une formation universitaire dans son pays, se voit proposer des salaires qui ne permettent pas de payer un loyer et de vivre décemment. Que faire ? Opter pour des numéros de danse dans des discothèques de la grande ville, par exemple, où l’on rencontre des agents artistiques qui proposent, contre rémunération, de trouver du travail en Suisse. Il paraît que là-bas l’argent coule à flots et qu’ils recherchent beaucoup de bonnes danseuses. Il existe d’ailleurs un permis de huit mois, dont trois doivent être déjà signés. Un permis L.

Il s’agit de danser la nuit, dans des numéros de strip-tease, sans inciter le client à boire et sans se prostituer. C’est la loi. La jeune femme sera logée dans une chambre munie du chauffage et d’une armoire fermant à clef exposée à la lumière du jour avec des installations sanitaires, conforme à la réglementation, et elle travaillera 23 jours par mois comme danseuse de cabaret. Le rêve au pays des nains de jardin ?

Résille serrée pour prison dorée

Qu’est-ce qu’un cabaret ? D’après le Petit Larousse, le mot vient de cambrette, « petite chambre ». Autrefois, un estaminet où l’on venait boire, et même, une boutique où l’on vendait le vin au détail. Plus récent : établissement où l’on présente un spectacle et où les clients peuvent consommer des boissons, souper, danser. Voir Café-concert. On pense tout de suite aux cabarets parisiens, canaille mais bon enfant, où l’on chantait jusqu’à plus d’heure. Mais il nous faut vite déchanter.

« C’est glauque, confie un client, mais j’y vais parce que je me sens seul. Sagement assis, on consomme une première boisson pour un prix normal, en regardant un show dénué d’humour, mais parfois très bien exécuté. » Ensuite si l’on veut parler avec quelqu’un, une artiste pourquoi pas, on peut le faire à condition d’être galant et d’offrir un verre : la coupe de champagne sans alcool « pour artistes » est à 85 francs dans un de nos cabarets lausannois, et la bouteille de champagne 75 cl coûte environ 395 francs. Mais ce sont des prix moyens, il y a plus cher et si vous souhaitez être généreux, on ne va pas vous en empêcher, car les artistes meurent de soif !

Le plus artistique dans tout cela est le flou qui règne entre la théorie et la pratique : les danseuses de cabaret peuvent-elles boire avec le client ? Réponse officielle : non, elles n’en n’ont pas le droit. Dans la pratique : oui, elles ont l’obligation tacite de le faire. Car si elles sont « mal notées », leur « agent artistique » risque de ne plus leur trouver de travail dans les mois à venir, les laissant très démunies, car c’est lui qui doit les fait tourner. On peut se poser également la question du racolage et de la prostitution. De là à imaginer que cela fonctionne sur le même mode…
Racoler ? Non, du moins pas officiellement
Et le salaire ? En théorie, 2’200 fr. par mois. Pour un nombre de shows à déterminer, de trois à huit dans des heures de travail à choix : 23h-06h ou 22h-05h, ou encore de minuit à 7h. Elles sortent juste pour les croissants !

Un vrai conte de fées

En pratique, le salaire de ces dames est beaucoup plus f(i)lou ; logées par leur patron, il peut y avoir, en plus du loyer et des assurances, des dépenses imprévues : habits, ménage de la chambre, téléphone, visite médicale, etc. Et tout est si cher en Suisse ! Exemple de situations vécues : 1’200 fr. pour une chambre avec douche/wc et kitchenette. Pardon ? Non, sans la vue sur le lac, il ne faut pas exagérer ! Exemple de salaire versé pour un mois : 400 fr. absolument justifiable au niveau du décompte salaire. Après, c’est parole contre parole, à savoir celle du patron contre celle de l’employée. Et les commissions sur les boissons ? Elles n’en n’ont pas, puisqu’elles ne racolent pas. Mais en pratique, on pense qu’elles doivent atteindre un certain chiffre pour le patron avant d’avoir une commission.

Bien entendu, ces personnes ne subissent aucune pression, elles sont libres d’aller et venir à leur guise toute la journée. À ce moment-là, elles peuvent peut-être arrondir leurs fins de mois difficiles grâce à un gentil ami suisse qui les aide un peu et même parfois, comme dans les contes de fées, qui les épouse ! Et comme disait Liza Minelli : « Life is a cabaret ! » C’est pas beau la vie ?

© Nathalie Pfeiffer. Reproduction des textes autorisée uniquement avec l’accord de l’éditeur et avec la citation de la source. Les illustrations sont la propriété de leurs auteurs respectifs.


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