la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
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Le cinéma suisse… inconnu en Romandie ?

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Fin avril, Nicolas Bideau, chef de la section cinéma de l’Office fédéral de la culture (OFC), présentait les premiers résultats d’une enquête sur les goûts et habitudes du public en matière de cinéma. En substance, les Suisses aiment les films suisses, mais soulignent un vrai problème d’information et de promotion… Espérons que Nicolas Bideau saura y remédier.

L’enquête de l’Université de Lausanne sur le public de cinéma commandée par la section cinéma de Nicolas Bideau tombe à pic. Elle montre que le public romand de cinéma est en train de changer d’avis : 43% des gens – un chiffre tout de même plus élevé que prévu – ont une image positive du cinéma suisse (contre 51% en Suisse alémanique). Mais surtout, preuve que les choses bougent, ces mêmes personnes pensent que l’image globale du cinéma suisse est plus mauvaise que celle qu’ils en ont personnellement !

Cette étude renforce l’idée qu’il y a en Suisse non pas un mais trois marchés différents. Les Alémaniques préfèrent les films américains, les Romands les films français. Les Romands préfèrent la comédie, les Alémaniques le documentaire. Celui-ci s’en sort d’ailleurs bien dans ce sondage : placé parmi cinq genres de films, il sort en tête ! Quant au cinéma suisse, si deux tiers des sondés pensent qu’il y a un problème d’information et de promotion à son égard, cette proportion grimpe à 90% en Suisse romande ! Gros déficit signalé du côté de la télévision…

Trois marchés différents

Dans le cadre des réformes de l’aide fédérale au cinéma que Nicolas Bideau s’efforce de mettre en place ce printemps, la prise en compte de la spécificité du marché romand du cinéma lui a quelque peu échappé, reconnaît-il en cours de consultation. Il est à espérer que les réformes de Succès Cinéma, programme de 2,2 millions de francs par an pour l’aide automatique aux films dans les salles, ne rendent pas l’accès à ce marché plus difficile encore aux films à petit budget de promotion. Car si l’aide à la promotion s’avère indispensable, elle ne devrait pas se faire en démontant l’« aide de base » fournie à tous les films par Succès Cinéma. Or, dans le plan initial de Nicolas Bideau, l’élévation du seuil de box-office minimal pour y avoir droit devrait passer de 2 500 entrées pour le documentaire et 5 000 entrées pour la fiction au double de ces chiffres, ce qui reviendrait à éliminer la plupart des films romands : un film de fiction comme Ryna, encensé par la critique et les festivals, n’atteint de loin pas ces chiffres et ne serait donc pas aidé. Il nous paraît déjà catastrophique d’élever ces seuils, tout en abaissant très bas le plafond maximal par ville à 2 000 entrées, et en supprimant le « coefficient linguistique », qui multiplie par une fois et demi l’aide aux films d’une région tentant une sortie dans l’autre région. Mais il nous paraît plus grave encore de maintenir des seuils égaux pour toute la Suisse, les chances d’atteindre ces seuils étant très inégalement réparties en Suisse : deux à trois fois plus basses en Suisse romande, et quasi nulles au Tessin ! Comme dit Orwell dans Animal Farm, il y en a qui sont plus égaux que d’autres.


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Pour en savoir plus, consulter le site de l’Association romande du cinéma

© Frédéric Gonseth. Reproduction des textes autorisée uniquement avec l’accord de l’éditeur et avec la citation de la source. Les illustrations sont la propriété de leurs auteurs respectifs.


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