la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
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Le Fonds FilmPlus – Une nouvelle voie pour le cinéma en italien

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Au terme de la phase d’essai de la nouvelle aide fédérale Succès Cinéma, qui accorde à toute la chaîne d’exploitation une aide automatique par entrée, les cinéastes romands et tessinois ont fait remarquer que ce type d’aide, par le jeu des tailles et des parts de marché, équivalait à zéro au Tessin, et que seulement 10 % de ses moyens étaient dévolus à la Suisse romande (pour des marchés respectivement de 5 % et 30 %). En 2004, les négociations avec Pascal Couchepin et la Section du cinéma ont permis d’aboutir à la création à titre d’essai d’un nouveau type d’aide en Suisse romande : RegioDistrib (lire l’article « Fonds Regio Films : notre cinéma commence en région ! »). Et au Tessin d’assister à la naissance de FilmPlus.

Début 2004, Marc Wehrlin, alors directeur de la Section du cinéma à l’Office fédéral de la culture, créa un groupe de travail pour étudier la possibilité d’une aide supplémentaire aux films des régions latines. De fait, le système Succès Cinéma – qui assigne des aides financières aux films suisses proportionnellement au nombre de spectateurs – ne générait pas suffisamment de soutien pour les producteurs des régions linguistiques minoritaires. Ce problème est encore plus sensible en Suisse italienne où souvent les films suisses ne sont même pas distribués. C’est pour cette raison qu’Andres Pfäffli, président d’APICE – l’association des producteurs de la Suisse italienne – a pensé créer un fonds de soutien automatique à la production sur le modèle romand, le Fonds Regio Films. Le travail d’APICE, favorisé par les autorités cantonales tessinoises, en particulier par le conseiller d’État Gabriele Gendotti, fervent défenseur de la cinématographie en langue italienne, a trouvé sa récompense.

Lors du dernier Festival de Locarno, un accord a été signé entre l’Office fédéral de la culture et le canton du Tessin qui a donné naissance à FilmPlus, le fonds d’aide automatique de la Suisse italienne. FilmPlus est un projet pilote d’une durée de trois ans. L’évaluation de son efficacité décidera du renouvellement ou non de l’opération. Ce nouveau fonds est financé en grande partie par l’Office fédéral de la culture et le canton du Tessin, mais aussi par quelques fondations privées. Pour l’heure, FilmPlus dispose d’environ un demi-million de francs par an. Les opérateurs du secteur espèrent qu’à l’avenir, d’autres institutions privées et publiques, comme par exemple les grandes communes tessinoises, prendront part au financement du fonds.

Les indépendants à l’agonie

FilmPlus financera les productions audiovisuelles de producteurs et réalisateurs de la Suisse italienne de manière automatique. Ce qui revient à dire que si un projet a été subventionné par deux sur trois de ces institutions – l’Office fédéral de la culture, le canton du Tessin ou la SRG SSR idée suisse – il aura automatiquement droit à la subvention de FilmPlus. Le montant de cette aide sera calculé sur la base des financements déjà obtenus et grâce à un système de coefficients établis par le domicile de la maison de production et celui du réalisateur. Le financement maximum pouvant être attribué à l’heure actuelle est de 150’000 francs. La gestion de FilmPlus est entre les mains du Département de l’éducation, de la culture, du sport du canton du Tessin, qui gère déjà l’aide sélective cantonale.
FilmPlus dispose d’un demi-million de francs par an. Mais les opérateurs du secteur espèrent que d’autres institutions privées et publiques prendront part au financement du fonds
La création de ce nouveau fonds automatique est, naturellement, saluée avec enthousiasme par l’ensemble des opérateurs audiovisuels indépendants de la Suisse italienne, qui se trouvent toujours au bord de l’extinction. Les raisons de cette crise permanente sont au nombre de deux. L’une est « ontologique » : c’est l’extrême exiguïté du territoire et, donc, des moyens financiers publics, privés et ceux de la télévision. L’autre est plus contingente : il s’agit de l’extrême difficulté de collaborer avec notre partenaire culturel naturel, l’Italie. Les produits audiovisuels suisses en italien ont beaucoup moins de possibilités d’être coproduits par l’Italie, si on les compare à l’opportunité de coproductions des produits francophones avec la France et des productions audiovisuelles en langue allemande avec l’Allemagne. Avant tout, les télévisions italiennes publiques et privées sont peu intéressées par les produits que nous voulons et que nous pouvons produire. Cependant, la TSI est très appréciée d’une certaine frange du public de l’Italie du Nord. Signe qui nous fait espérer une amélioration de la situation, surtout grâce a l’explosion de l’offre de chaînes thématiques qui arrivent maintenant en Italie.

Éloignement culturel

En ce qui concerne le cinéma, le problème est connu et reconnu de longue date. L’Italie n’a presque jamais respecté les accords de réciprocité avec notre pays. Les films suisses coproduits par l’Italie peuvent se compter sur les doigts d’une main, alors que les films italiens financés par la Suisse sont légion. Parmi les nombreuses causes de ce phénomène, je n’en citerai qu’une seule : la distance. En Italie, les films se font à Rome et la capitale est très loin de la Suisse. Je ne parle pas en termes de kilomètres, mais d’éloignement culturel. Depuis la capitale italienne, la Suisse apparaît comme lointaine et le cinéma suisse reste ignoré. Par voisinage géographique et proximité culturelle, nous devrions collaborer avec la région de Milan, si ce n’est que la production cinématographique y est pratiquement absente.

Dans cette situation très critique, FilmPlus provoque une vague d’enthousiasme, même si nous savons bien qu’il ne résoudra pas tous les problèmes. Aujourd’hui, je pense que défendre la production culturelle dans une langue minoritaire signifie vouloir défendre le concept même de diversité culturelle. Défendre l’italien revient, pour la Suisse, à défendre sa propre spécificité culturelle. Pour ces motifs, FilmPlus constitue un pas petit, mais très important pour tout le pays.

© Fulvio Bernasconi. Reproduction des textes autorisée uniquement avec l’accord de l’éditeur et avec la citation de la source. Les illustrations sont la propriété de leurs auteurs respectifs.


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