la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
s’abonner

Disponibles en ligne

Afficher plus de numéros

Profil idéal pour diriger l’Office fédéral de la culture – Ministre, ambassadeur et « boute feu » culturel

imprimer imprimer

Alors que Pascal Couchepin doit trouver une nouvelle tête pour conduire l’Office fédéral de la culture, qu’il la choisisse bien faite : tout à la fois à l’écoute des petits et grands frémissements artistiques et subtile tricoteuse du lien social et culturel. La perle rare devrait encore aligner bien d’autres qualités. Descriptif détaillé.

L’annonce du Département fédéral de l’intérieur publiée cet automne dans la presse pour recruter une nouvelle directrice ou un nouveau directeur de l’OFC décrivait le poste laissé vacant par David Streiff en ces termes : « L’OFC a pour mission de promouvoir la diversité culturelle de notre pays et de créer les conditions requises pour que celle-ci se développe en toute indépendance. Il soutient la création dans les domaines du cinéma, de l’art et du design, encourage des activités de jeunesse extra-scolaires, la formation des jeunes suisses de l’étranger et les projets de diverses communautés linguistiques et culturelles. »

Qui verra une définition centrale, même minimaliste, de la culture dans ce bric-à-brac ? Comment s’y reconnaître véritablement ? Domaines définis dans l’annonce : cinéma, art et design, encouragement des activités de jeunesse extrascolaires ( ?), la formation (artistique ?) des jeunes suisses de l’étranger et les projets (artistiques ?) de diverses communautés linguistiques et culturelles. Silence de la pensée et de l’élan vers l’art non reconnu dans son apport. Est ici absente la culture comme lien dans la société, la culture comme espace commun entre les créateurs, les créatrices et le public, ainsi que la culture comme lieu de sensibilisation subtile au dialogue sur les problématiques sociales brûlantes.
Regarder, identifier, adhérer ou prendre de la distance, c’est ainsi que les idées prennent forme, circulent et se modifient
La rhétorique officielle est fine. Elle consiste à exploiter la multiplicité des significations du mot culture pour bouter hors de la représentativité du poste l’art en tant que phénomène vivant, vital et majeur de nos sociétés riches. Notre richesse trouve-t-elle sa meilleure utilisation dans l’étouffement de moyens dont la culture n’est pas seule à souffrir, au nom de l’économie ? Que dire de la paupérisation de la formation, notamment artistique ? Qui évalue le coût humain et social exorbitant qui se profile toujours davantage ?
Avis de recherche réducteur
Ni les créateurs, ni les créatrices et encore moins leur public n’apparaissent aucunement dans les préoccupations visibles dans cet avis de recherche. Le lien entre la création et le public qui dépend des structures dans lesquelles l’art se déploie n’est pas un phénomène privé, mais bien inscrit en un espace public. Il s’appuie sur les possibilités économiques que la société se donne. Et les structures subventionnées le sont aussi avec les impôts d’artistes, membres de notre démocratie, jusqu’à nouvel ordre. Comment garder des relations fortes et confiantes avec les institutions qui nous gouvernent ?
De la personne à la fonction
À l’heure où l’OFC se prépare à être coiffé d’une nouvelle tête, le débat sur la politique culturelle reste d’actualité. Et il paraît difficile de ne pas imaginer depuis l’autre rive, celle de l’art et de la culture, un profil rêvé pour la personne qui revêtira la haute fonction et dont l’action engagera l’avenir. Qu’il s’agisse d’une personne avertie de la réalité artistique et culturelle, capable de voir en elle ses promesses futures ! Ce qui signifie du goût pour l’art et des compétences critiques qui y sont liées. Il saurait lire la société dans le miroir des œuvres du présent. Et déchiffrer les traces des sources de la création dans les phénomènes sociaux actuels. Ainsi pourraient se formuler les enjeux d’une gestion responsable de la politique culturelle.

Ce regard fédéral ne peut reposer que sur la prise en compte de l’ensemble de l’art helvétique s’enracinant dans notre pays, avec la considération pour sa diversité culturelle, les disciplines et leurs spécificités de même que les champs où l’activité artistique se déploie. Ce centre pourrait mettre en valeur la qualité multiculturelle de la Suisse, de ses langues, de ses cultures, de ses mentalités. Et encourager, mettre en contact, faire scintiller ses différences.

Cette personnalité devrait entretenir déjà des relations concrètes avec les milieux artistiques et les artistes. C’est une qualité incontournable pour qui doit accepter ou refuser tendances et projets. Avoir de l’intérêt n’est pas synonyme de complaisance. Cela permet seulement un dialogue équitable et lucide.
À la hauteur d’une grande mission
Il lui faudrait également non pas tout savoir, mais avoir une vision globale informée et claire. Il ne suffit pas de savoir consommer en matière d’art, mais le poste nécessite aussi une excellente connaissance des conditions concrètes de sa production. Un sens politique certain et celui des limites de la fonction. Ici entre en jeu la qualité essentielle de médiation entre le pouvoir politique et les œuvres. Rendre possible la communication entre des préoccupations, politiques et artistiques, certes différentes mais interdépendantes. Doté de charisme, le haut fonctionnaire devrait produire en action et en mots un discours mobilisateur autour de l’art, de sa fonction symbolique et de sa portée sociale. Tâche de ministre, voire d’ambassadeur. A grande mission, grand courage ! Souhaitons-lui bonne chance !

Economiser dans le domaine de l’art et de la culture est un non-projet de politique culturelle. Ce n’est surtout pas une vision, même économique, respectueuse des arts tournés vers notre pays et le monde. Les œuvres d’art s’inscrivent dans une durée qui dépasse le moment de leur production. Comme dans le domaine de la recherche et de la formation, seul l’investissement peut protéger l’avenir.
La sagesse du polisseur de verres de lunettes
Jouer les artistes les uns contre les autres, quelles que soient les lois de la concurrence, n’est pas une réponse adéquate aux questions auxquelles les arts apportent de multiples formulations et suscitent un espace de réflexion libre et sensible pour le public. Regarder, identifier, adhérer ou prendre de la distance, c’est ainsi que les idées prennent forme, circulent et se modifient. C’est un moment important pour les organisations d’artistes de tous bords de fédérer les forces de création pour que toutes les ressources existantes soient préservées, pour le moins, et élargies grâce à nos volontés de persister dans l’être et le faire comme le préconisait un certain philosophe qui polissait des verres de lunettes pour vivre. Sa pensée œuvre encore trois siècles plus tard et des poussières avec une fougue et une jeunesse rayonnante.

© Sima Dakkus. Reproduction des textes autorisée uniquement avec l’accord de l’éditeur et avec la citation de la source. Les illustrations sont la propriété de leurs auteurs respectifs.


Nos partenaires