la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
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Charles Beer – « Mieux soutenir la création et la production artistiques »

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À la tête du Département de l’instruction publique de Genève, le conseiller d’État socialiste Charles Beer évoque le sort de la création indépendante, le succès du Mouvement 804 et le rôle de la culture.

Comment interprétez-vous le succès de la pétition du Mouvement 804 ?
Il s’agit d’une mobilisation spontanée qui exprime une grande colère sur fond de détresse économique. Cette coupe a touché un secteur, celui des indépendants, déjà très précarisé. La stagnation des budgets dans le secteur des arts vivants explique cette situation. Dix ans de budget sans augmentation, sans prise en compte du coût de la vie, cela finit par dégrader des conditions de travail. Le succès fulgurant de la pétition s’explique aussi par la solidarité exprimée par les institutions des arts de la scène. La rentrée théâtrale a été marquée par des spectacles forts qui ont rencontré un grand succès public. A l’issue des représentations, les saynettes des comédiens exposant avec talent les conséquences de la coupe budgétaire ont touché le public au cœur. Et les pétitions ont été signées massivement. Les spectateurs, les abonnés des institutions ont soudainement pris conscience du fait que les comédiens indépendants menacés étaient les mêmes professionnels que ceux qui les enchantent sur les grandes scènes consacrées. Ce succès correspond à la création du Mouvement 804 comme réponse à un vide au niveau de la représentation des artistes.
Quelles conclusions tirez-vous de l’étude sur la fréquentation culturelle à Genève ?
L’enquête témoigne d’un fort attachement de la population à ses « institutions classiques ». À la question des lieux ou manifestations qui font la réputation du canton, les personnes interrogées citent un quintet de tête intéressant qui comprend deux vénérables institutions qui ont su rajeunir leur public et prendre des risques dans leurs programmations artistiques. Il s’agit du Grand-Théâtre – en tête du classement – et de la Comédie. Entre ces deux institutions, se trouve le festival de la Bâtie qui se rattache sans doute aux indépendants dans l’esprit du public. Deux grandes structures polyvalentes (Arena et Palexpo) accompagnent dans le quintet ces trois lieux artistiques dans l’idée du rayonnement et de la renommée du canton. On peut donc l’affirmer : la qualité artistique tient le choc à l’ère du divertissement de masse qu’elle soit institutionnelle ou indépendante.
La création n’a pas à faire de concession sur son travail artistique. C’est bien l’envie de connaître, le besoin d’explorer, la nécessité de comprendre, l’engouement pour les beaux textes qui sont le moteur d’une pratique culturelle
Que pensez-vous des critiques contre les manifestations culturelles festives, qui profitent peu à la création indépendante ?
On sait bien que ces manifestations donnent du travail à un certain nombre de secteurs d’activité, mais qu’elles ne sont pas un soutien direct et effectif à la production artistique de notre région. Parlons concrètement. Nous nous appliquons aujourd’hui à développer la rigueur dans la gestion de nos fonds culturels et à distinguer ce qui relève de l’artistique et ce qui relève de l’animation pédagogique ou socioculturelle. D’après nos calculs, les projets socioculturels atteindraient actuellement environ 450’000 francs dans le budget de l’État. Or ils s’inscrivent pour l’heure sur les fonds consacrés au travail artistique. Il y a donc bel et bien un manque à gagner pour l’emploi artistique proprement dit.
Souvent tenue pour élitaire, la culture doit-elle se démocratiser ?
On le voit dans l’enquête sur les pratiques culturelles du canton, les personnes bénéficiant de formations supérieures sont celles qui profitent le plus de l’offre culturelle. L’école progresse dans son rôle d’éveilleuse culturelle, mais pas suffisamment. Les barrières liées à la formation demeurent. La démocratisation de la culture passe donc par l’école, qui doit jouer son rôle à fond. La création indépendante, comme celle de l’institution, n’a pas à faire de concession sur son travail artistique. C’est bien l’envie de connaître, le besoin d’explorer, la nécessité de comprendre, l’engouement pour les beaux textes qui sont le moteur d’une pratique culturelle. L’enquête nous indique que le lieu est devenu un facteur important de choix pour le public. Cela signifie que les lieux qui ont su développer une identité forte
et un accueil intéressant et original récoltent les fruits de cette politique. La qualité de l’accueil est aussi une manière de faire tomber les peurs, les préjugés et de permettre ainsi à de nouveaux publics d’accéder à l’offre culturelle.
Que faire encore pour favoriser la reconnaissance de la culture ?
Il faut faire comprendre l’utilité des artistes dans une société : ce qu’ils rapportent au plan symbolique, pédagogique, démocratique et économique. La culture génère du sens dans une société en panne de valeurs communes. L’art suscite la controverse, mais il est fondamentalement rassembleur, car il suscite le débat et conforte le sentiment d’appartenance à une même collectivité. La valeur de la culture est inestimable de ce point de vue. Mais elle est aussi très concrète : un spectacle fait travailler les entreprises, crée des emplois de proximité et contribue même à la survie de nombreux métiers d’artisans. Il faut l’affirmer : la culture est l’alliée la plus précieuse de notre démocratie. Quelle plus belle reconnaissance demander ? Il convient maintenant de donner à la création un vrai statut.

© Mathieu Loewer. Reproduction des textes autorisée uniquement avec l’accord de l’éditeur et avec la citation de la source. Les illustrations sont la propriété de leurs auteurs respectifs.


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