la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
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L’immersion pour faciliter la compréhension

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Rare artiste romanche à se produire en Suisse romande, cette musicienne atypique chante en plusieurs langues pour s’adresser au cœur des spectateurs et rassembler au delà des frontières linguistiques.

Corin Curschellas a toujours voulu relier les différences, trouver les points communs. Née à Coire dans les années 50, elle n’a pas 20 ans quand elle quitte la capitale romanche pour Zürich, avant de partir vivre à Berlin et à Paris. « Quand tu nais Grisonne et que tu aimes le monde, tu es obligée d’aller vers l’autre. D’entrer dans différents univers par le biais de la langue puisque personne ne parle romanche ! »

Au Conservatoire de théâtre de Zürich, la jeune femme expérimente sa première plongée dans une langue étrangère : l’allemand, tout en chantant en suisse allemand et en anglais dans un groupe électro-pop-rock. Son premier projet musical intitulé « Les extrêmes se touchent » se réalisera à Berlin où elle s’installe dans les années 80. « Pour m’accompagner, il y avait un bassiste punk, un guitariste classique, un pianiste jazz et un batteur plutôt extrême ! J’ai vu que la musique était un extraordinaire moyen de communication : un médium qui permet de se faire comprendre aussi bien par un Chinois qu’un Suisse romand ou un Esquimau ».

À vingt-sept ans, la Berlinoise d’adoption chante déjà en plusieurs langues : français, anglais et romanche. À l’époque, les musiciens du monde entier se retrouvent dans la capitale allemande pour explorer de nouveaux sons, de nouvelles formes. Un vrai laboratoire. Créative, jeune et fauchée, la scène underground investit les friches industrielles et s’éloigne des sirènes pop de la new wave pour créer la no wave. Corin Curschellas participe à ce bouillonnement culturel qu’elle avait ardemment souhaité en quittant Zürich. « En Suisse, les gens avaient des a priori. Comme je chantais dans un certain style plutôt jazz avec Andreas Vollenweider ou Max Lasser, il ne fallait pas que je m’éloigne vers le punk ou autre chose sous peine de ne plus avoir de public. À Berlin, j’ai pu oser tout ce dont j’avais envie musicalement parlant. » Curieuse, elle découvre le bruitisme, s’initie à l’électronique. Son style protéiforme plaît et les concerts se multiplient.

À la chute du mur, la Grisonne est de retour en Suisse. Christoph Marthaler que la jeune artiste a rencontré au Conservatoire, lui offre ses premiers rôles. Au théâtre, Corin Curschellas joue aussi avec Heiner Müller ou Bob Wilson ou dans de petites troupes alternatives. Son éclectisme et son ouverture influencent également ses choix musicaux. La chanteuse côtoie les Musiciens du Nil, le Vienne Art Orchestra, le rocker David Byrne ou encore les jazzmen Lee Konitz ou Mich Gerber. Détentrice d’une bourse, Paris devient son nouveau port d’attache, mais au lieu des quelques mois prévus, elle y restera une dizaine d’années, jusqu’en 2005. « Je connaissais un peu l’écrivain Niklaus Meienberg que j’ai croisé dans le quartier du Marais. On a bu un café et je lui ai dit que je me sentais comme chez moi à Paris. Il m’a proposé son appartement que je loue encore aujourd’hui, car après sa mort, sa famille m’a autorisé à rester. »

Chaleureuse et charismatique, l’artiste entraîne amis et professionnels dans des projets transversaux parfois improbables. Elle compose notamment la chanson « Jeudi amour » pour Michael Von der Heide après avoir entendu à la radio la phrase « Je dis, je t’aime » sans la comprendre.

Inventive, spirituelle, chaleureuse et pleine de vie, Corin Curschellas transforme les barrières linguistiques en autant de tremplins pour sa carrière d’artiste. « Mon frère est avocat dans les Grisons. Ma mère disait toujours qu’elle avait deux enfants aux personnalités totalement opposées. Un état de fait qui m’a sûrement appris à chercher les points communs plutôt que les différences afin de pouvoir dialoguer. » Aujourd’hui, son frère l’aide à tenir la caisse de ses concerts qu’elle voue notamment aux chants populaires en rhétoromanches. La musicienne les réinterprète en leur donnant une note de fraîcheur et de modernité. En 2013, Corin Curschellas a sorti le livre de chants « La Grischa ». Elle poursuit ses rêves de rassembleuse en réalisant ses propres projets pour la scène, le théâtre ou pour des festivals dans une grande variété de styles de musique, d’instruments et de langues.

Pour aller plus loin et entendre la musique de Corin Curschellas : www.corin.ch

© Corinne Jaquiéry. Reproduction des textes autorisée uniquement avec l’accord de l’éditeur et avec la citation de la source. Les illustrations sont la propriété de leurs auteurs respectifs.


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