la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
s’abonner

Disponibles en ligne

Afficher plus de numéros

Édito n°45, mars 2015

imprimer imprimer

Le quinqualinguisme helvétique : Quand, dans une interview, Jean d’Ormesson affirme que « la Suisse, qui n’appartient pas au système européen, est la seule réussite européenne qui existe et qu’elle donne l’exemple de ce que l’Europe devrait être », il nous rappelle, de son point de vue d’écrivain français et de grand voyageur, que nous vivons dans un état d’exception. Une situation exceptionnelle en partie imposée par des forces extérieures. C’est Napoléon qui eut le premier l’idée de reconnaître l’égalité en droit des trois communautés linguistiques d’alors. Mais ce sont bel et bien les Suisses qui ont voulu inscrire ce statut d’égalité dans la Constitution de 1948. Un pays qui s’exprime à travers un régime de démocratie directe ; un pays qui affirme son unité à travers l’indépendance et la richesse de la diversité de ses cantons.


La Communauté européenne rassemble 512 millions d’habitants de 28 pays qui utilisent 24 langues officielles mais communiquent surtout en français, anglais et parfois en allemand. En Suisse ce sont un peu plus de 8 millions d’habitants de 26 cantons qui utilisent 4 langues officielles mais s’expriment principalement en suisse-allemand, en français, en allemand et aussi un peu en italien. La Suisse, c’est une Europe miniature, qui n’a certes pas la lourde charge d’avoir à gouverner d’immenses territoires, mais qui, comme la Communauté européenne avec ses pays membres, doit tenir compte des intérêts parfois forts divergents des différents cantons qui la constituent.Si l’anglais est entrain de prendre le pas sur le français dans la Communauté européenne, en Suisse, il a tendance à devenir de plus en plus une langue véhiculaire passe-partout qui est fort éloignée de l’idiome cher à Shakespeare.Il y a une cinquantaine d’année, arrivé au petit matin sur la cime d’un de nos grands sommets valaisans, j’y rencontrai un Polonais venu, comme moi, rendre hommage au lever du soleil. Après un moment de silence dédié à l’astre du jour, nous engageâmes la conversation. Et l’unique langue commune qui nous permit alors de communiquer fut le latin. Notre ascension n’était certes pas une première, mais c’était peut-être une des dernières fois que deux inconnus allaient se parler en latin, exception faite pour les participants des conciles ou des conclaves du Vatican. Trente ans plus tard, également aux aurores, j’arrivais, le souffle court, au sommet de la Tour Ronde, cime hiératique dressée au coeur du massif du Mont-Blanc. Trois Japonais m’avaient précédé. Après quelques révérences de bienséance au dieu soleil, nous échangeâmes quelques mots en anglais presque automatiquement. Nous étions sur une arrête frontière entre la France et l’Italie, mais à aucun de nous il n’était venu à l’idée d’utiliser le français ou l’italien pour communiquer. L’anglais occupait le terrain.Par l’importance de son tourisme, par l’existence de la Genève internationale, par la présence des multinationales et des grandes banques, notre pays se trouve aussi dans la nécessité de pratiquer l’anglais de plus en plus souvent. Langue véhiculaire commerciale (et non littéraire) qui pourrait dans un avenir proche faire passer la Suisse de son quadrilinguisme officiel à un quinqualinguisme effectif. Faut-il se battre contre cette tendance ? On risque d’y perdre son latin, si cela n’est pas déjà fait !

Oui à la nouvelle loi
sur la redevance radio-TV en votation le 14 juin

La redevance met la radio et la TV devant une obligation de service public pour tous. Celle-ci, grâce au bienfait du fédéralisme, permet à la direction générale de la SSR à Berne de ponctionner les recettes de la télévision suisse alémanique pour permettre aux télévisions suisse romande et italienne d’offrir des programmes généralistes impossibles à autofinancer sur de si petits territoires. La fin de la redevance sonnerait la fin du consensus suisse traitant aussi des sujets qui ne font pas nécessairement de l’audience.
Avoir un office postale dans un petit village, un service de car dans certains lieux reculés ou un programme de télévision généraliste sur tout le territoire n’est pas nécessairement rentable mais utile à une certaine cohésion nationale comme a pu l’être encore il y a 40 ans le service militaire quand les transports et la communication n’avaient pas encore atteint la rapidité et l’immédiateté actuelles.
C’est pourquoi CultureEnJeu vous appelle à voter OUI à la loi radio-TV le 14 juin, à rejeter les initiatives hostiles au service public audiovisuel, dont la récolte de signatures est en cours. Nous vous appelons également à lancer la création d’un fonds d’aide à la rédaction d’enquêtes et de dossiers pour la presse écrite (voir page 17) dont nous développerons les modalités dans notre prochain numéro à paraître le 1er juin prochain.

© Gérald Morin. Reproduction des textes autorisée uniquement avec l’accord de l’éditeur et avec la citation de la source. Les illustrations sont la propriété de leurs auteurs respectifs.


Nos partenaires