la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
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Artien ou Martien ?

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Toute approche du financement de la création artistique passe par la connaissance, voire la prise de conscience de la chaîne culturelle, organique comme celle qui porte le nom d’alimentaire. En effet, l’organisation propre à la création, dans sa nature et son fonctionnement, induit à la fois des pratiques et des conséquences. Pris à la gorge par les contraintes pragmatiques et les nécessités de productivité, les délais épars des sources possibles de financement, l’engorgement de ces canaux – qui par ailleurs se rétrécissent sans cesse – les artistes ne peuvent que se protéger, dans leur travail, des conséquences qui leur sont imposées par toutes les conjonctures, jamais véritablement florissantes sous nos cieux pour l’art. Or, c’est dans les pratiques que ces nécessités prennent une tournure paradoxale. Il est essentiel et surtout urgent de représenter clairement l’architecture de ce réseau complexe pour en identifier les éléments fondamentaux. Les créateurs d’abord, sans qui il n’y aurait pas de gestion de subventions, de partenariat, de sponsoring, ni de reflets médiatiques. Or, toute personne de ce réseau a droit à une rétribution pour le travail accompli, sauf celles et ceux qui font la création qu’il est de bon ton de considérer « au-dessus des basses contingences matérielles ».

Sans l’art, il resterait naturellement la culture dans son acception générale, à savoir la cuisine, les fêtes, les relations de bon voisinage au sens large
Sans l’élément central qu’est l’art, toute une série d’activités n’auraient plus de raison d’être. Il resterait naturellement la culture dans son acception générale, à savoir la cuisine, les fêtes, les relations de bon voisinage au sens large, dont la dimension sociale primerait sur la création de contenu et de formes, sans compter le savoir-faire et le savoir-être artistique. A l’heure de la planétarisation de toutes choses y compris de la culture, il serait temps pour la société dans son ensemble de prendre acte que la planète de la création, ce n’est point la lune, ni surtout Mars, supposée habitée par les petits êtres verts dont on ne sait s’ils seraient hostiles ou bienveillants à l’égard des humains. Cette métaphore est en adéquation parfaite avec la sensation d’étrangeté qui habite les artistes tant leur condition apparaît comme insolite. La sous-estimation de la valeur symbolique du travail des artistes rejaillit sur les sociétés qui refusent de regarder en face les enjeux de la création et l’assèchent. Aimer la création de son propre espace est une condition sine qua non de l’amour et de la compréhension de celle des autres.

Il est temps de formuler ces choses, de sensibiliser tous les partenaires à la réalité du monde artistique – tous arts vivants confondus – y compris le public avec qui nous dialoguons à travers nos œuvres. C’est là que la création peut servir une vision de l’économie qui ne se borne pas à des opérations comptables, mais éclaire et consolide la relation organique entre la réalité et l’imaginaire, entre la société et les artistes en leur donnant les moyens d’épanouir l’échange. Il en va de l’image de notre société helvétique ici et dans le monde. À suivre.

© Sima Dakkus. Reproduction des textes autorisée uniquement avec l’accord de l’éditeur et avec la citation de la source. Les illustrations sont la propriété de leurs auteurs respectifs.


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