la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
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Édito n°46, juin 2015

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Rentable ! Quel vilain mot, diront les uns. Quelle utopie de ne pas en tenir compte, clameront les autres. Il n’y a pas de réponse simple. Tout d’abord, pour tenter d’y répondre, il serait opportun de se pencher sur la définition que l’on veut donner à la parole « culture » et sur celle que l’on est censé attribuer à l’adjectif « rentable ».



Pour l’UNESCO, « la culture peut être considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeur, les traditions et les croyances. » Pour le commun des mortels, la « culture » évoque surtout les études – de l’école maternelle à l’université – mais aussi souvent la beauté, l’esthétique, la gratuité, quelque chose hors du temps… parfois de pas très pertinent, de pas toujours très utile, de pas vraiment nécessaire à l’existence… même si de temps à autre facteur de gloire ou d’admiration.

La « rentabilité », quant à elle, est plutôt vue comme le résultat d’une activité volontaire, efficace, constructive, lucrative, dont le but est d’accroître le plus rapidement l’investissement de départ pour d’obtenir un résultat le plus productif possible. Soyons clair. La rentabilité de notre société marchande n’est pas à condamner. Elle est le résultat d’un effort et la contrepartie de cette réalisation peut être louable si elle n’est pas construite sur un système de vases communicants où l’enrichissement des uns se fait consciemment sur l’appauvrissement des autres.

Or la « culture », telle que la définit l’UNESCO, vise aussi une forme de rentabilité, mais dont la valeur ajoutée ne se mesure pas avec les mêmes instruments que ceux de l’industrie, du commerce ou de la finance. L’Iliade d’Homère, La neuvième symphonie de Beethoven, La Ronde de nuit de Rembrandt, Hamlet de Shakespeare, La messe pour le temps présent de Béjart, Citizen Kane d’Orson Welles ou le musée Guggenheim de Bilbao, pour ne citer que ces quelques œuvres, appartiennent tout comme la mise au monde d’un enfant, son éducation ou l’apprentissage d’une langue à un univers où nature et culture se rencontrent ; univers, fruits des différentes visions du monde exprimées par leurs auteurs ; sources de réflexion pour les publics qui au cours des siècles les exercent, les approchent et s’en inspirent pour un mieux vivre ensemble.

Culture et rentabilité ne sont pas nécessairement antagonistes. Elles ont souvent des parcours parallèles et peuvent avoir des intérêts communs.

Le suivi d’un cursus universitaire peut être vécu à la fois par les uns comme un apprentissage en vue de mieux connaître le monde, tandis que pour d’autres l’obtention d’un diplôme pour entrer sur le marché du travail sera avant tout le but à atteindre.

Oui, la culture est rentable pour le bien-être des populations. Elle a une rentabilité sur le court et le long terme. Rentabilité en termes de formation, de distraction, d’enrichissement didactique et financier. Quand certaines productions cinématographiques proposent une réflexion de société au risque de ne pas attirer un large public, d’autres au contraire concentrent leurs efforts sur un produit de divertissement qui puisse réaliser avant tout les meilleures recettes au box office.

La « culture » a parfois besoin de temps pour être acceptée et comprise. Avant que leurs œuvres ne soient reconnues par le marché de l’art et atteignent des prix qui n’ont plus rien à voir avec leur valeur intrinsèque, combien de rejets ont dû subir Manet, Van Gogh, Cézanne et Rodin.

Et si la culture n’est pas toujours rentable en espèces sonnantes et trébuchantes, il est important que l’État ainsi que des mécènes privés s’investissent dans l’aide à la création avec un esprit de service public pour l’enrichissement de la dimension humaine de nos sociétés. Cela aussi bien dans la conservation et la mémoire des œuvres des grandes civilisations du passé que dans la construction de ce que sera notre société de demain.

© Gérald Morin. Reproduction des textes autorisée uniquement avec l’accord de l’éditeur et avec la citation de la source. Les illustrations sont la propriété de leurs auteurs respectifs.


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