la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
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De Genève à Oman, Carine Séchaye, mezzo-soprano

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La Genevoise Carine Séchaye a été formée au Conservatoire Supérieur de Musique de Genève – avant que celui-ci ne prenne le titre de Haute École de Musique – puis à l’Opéra-Studio de Zurich. Elle se produit aujourd’hui dans des concerts d’oratorio, dans des récitals en soliste avec piano, et a chanté sur de nombreuses scènes suisses, françaises et allemandes : dans « L’Enfant et les Sortilèges » de Ravel à Monaco, dans « Pelléas et Mélisande » de Debussy à Darmstadt, dans le rôle-titre de « L’Aiglon » de Jacques Ibert et Arthur Honegger à Lausanne, dans « La Périchole » d’Offenbach à Tours, ainsi qu’à Marseille, Nice, Dijon, Genève, au Théâtre du Châtelet ou aux Champs-Elysées à Paris. Elle vit actuellement à Lausanne.

Culture Enjeu : Carine Séchaye, vous avez reçu une double formation d’actrice (à l’École Supérieure d’Art Dramatique, dépendant alors du Conservatoire de Genève) et de chanteuse. Avez-vous suivi l’évolution récente des Hautes Écoles de Musique ?

Carine Séchaye : De loin. La double formation dont j’ai bénéficié ne serait sans doute plus possible aujourd’hui. Mais sur le fond, je pense que le travail reste essentiellement le même.

Qu’en est-il de l’Opéra-Studio de Zurich ? Votre passage dans cette institution a-t-il débouché sur un nouveau diplôme ?

Non, mais la ligne correspondante dans un curriculum valait de l’or ! Pendant une année ou deux, les jeunes chanteurs avaient l’occasion de se produire sur la scène de l’Opéra de Zurich dans des petits rôles, et auditionnaient pour des agents. Un bon nombre d’entre eux ont fait ainsi leur chemin dans la carrière lyrique, notamment dans des troupes en Allemagne. Après la formation en conservatoire, qui comporte une part importante de cours théoriques, en plus de la formation vocale à proprement parler, l’Opéra-Studio représente la rencontre avec le monde réel de la production lyrique : on travaille des rôles avec des chefs de chant [pianistes accompagnateurs, ndlr], on acquiert du répertoire. C’est essentiel : on met un pied dans le métier.

Les candidats à l’admission étaient-ils nombreux ?

Oh oui ! À cette époque, une vingtaine de chanteurs étaient recrutés chaque année ; je crois que ce nombre a diminué aujourd’hui, et se situe aux alentours de dix ou douze. J’étais la seule Suissesse, au milieu d’Américains, de Russes, de Coréens, de Sud-Américains… En réalité,je n’osais guère rêver d’intégrer cette prestigieuse institution ; mais je me suis présentée à un concours pour obtenir une bourse Migros, et dans le jury figurait notamment le directeur de l’Opéra-Studio qui m’a proposé d’auditionner à Zurich.

Un moment délicat de la carrière musicale est, justement, le passage des études à la vie professionnelle. Les HEM ont parfois la réputation de former des chômeurs ; quel est votre conseil ?

Il y a quelques années, j’ai été invitée à participer à des journées d’information à destination des élèves de la HEM de Genève. Il y avait, parmi les intervenants, une responsable d’agence artistique, qui s’occupait je crois surtout de violonistes et de pianistes. Son message était très démoralisant : si l’on n’est pas irréprochable à tout instant, si on rate ne serait-ce qu’une seule note dans un concours, il n’y a pas de carrière possible… En somme, il faudrait que les musiciens soient des machines parfaites. J’ai trouvé cela totalement dépourvu d’humanité, et je pense qu’il y a un autre message à faire passer : beaucoup de gens sortis des conservatoires vivent la musique d’une manière différente de ce qu’ils avaient imaginé : ils créent des associations, des compagnies, deviennent agents artistiques, journalistes ou enseignants – toujours en lien avec la musique ; l’essentiel est de se diversifier. Il faut aussi une disponibilité de tous les instants : participer à des concours, travailler beaucoup de répertoires pour être prêt lorsque une opportunité se présente, mettre la main à la pâte en ce qui concerne l’administration, ne pas avoir peur de voyager.… En tout cas, ce n’est pas en formant des robots que l’on va faire vivre la musique classique ! Il est capital d’avoir un message personnel.

Un souvenir pour terminer ?

L’Opéra du Sultanat d’Oman, où j’ai chanté avec la troupe de Monte Carlo (dans Roméo et Juliette de Gounod) : un bâtiment digne des Mille et Une Nuits, avec ses marbres blancs baignés par les couleurs du soleil couchant !

© Vincent Arlettaz. Reproduction des textes autorisée uniquement avec l’accord de l’éditeur et avec la citation de la source. Les illustrations sont la propriété de leurs auteurs respectifs.


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