la couverture du Culture En Jeu N°62

Le numéro 62 est disponible!

Au sommaire:

  • Édito: La Suisse jetée dans la guerre des plateformes (Chantal Tauxe)
  • Dossier: 15 pages sur la guerre des plateformes
  • Netflix, Disney, Apple, Amazon: la guerre des plateformes a commencé (P. Sordet)
  • En 2020, la SSR ripostera en lançant une plateforme nationale (itw de G. Marchand par C. Tauxe)
  • Netflix chamboule l'économie fragile des auteurs (M. Atmani)
  • L'urgence d'une Fondation Suisse des Médias (itw de F. Gonseth par C. Tauxe)
  • Netflix, l'addiction! (C. Gallaz)
  • Une relation durable avec le Verbier Festival (C. Jaquiéry)
  • La Fête des Vignerons répond (I. Falconnier)
  • La Fête des Vignerons et la musique (V. Arlettaz)
  • Quand Fellini rêvait de Picasso (G. Morin)
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Les festivals ouvrent le débat

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Appels à voter contre No Billag, chartes pour la parité, les festivals prennent de plus en plus position dans le débat public. Tour d’horizon.

Début 2018, presque tous les festivals de films en Suisse, dont ceux qui bénéficient d’un soutien financier de la SSR, ont appelé à rejeter l’initiative No Billag. En août, Locarno a signé, en grande pompe médiatique, une charte s’engageant à davantage de parité dans les instances dirigeantes du festival, et nommé dans la foulée une femme comme nouvelle directrice artistique. Le Zürich Film Festival a à son tour signé une charte de parité en octobre dernier. L’engagement serait-il devenu tendance ? La réponse requiert des nuances. La Suisse est une terre de festivals. Il s’en crée de nouveaux chaque année, et leurs formes et tailles peuvent varier considérablement. On peut estimer selon les sources et divers agendas culturels qu’il en existe au moins 500 dans tout le pays.

La majorité des festivals n’ont pas d’engagement politique ou collectif particulier, ce sont des événements festifs et populaires. C’est particulièrement vrai pour les festivals de musique, qui ont tendance à viser un public très large, et ne s’adressent que très peu aux professionnels. Dans leur forme, les festivals de musique ne donnent que rarement lieu à des discussions ou des débats.

Dans l’art contemporain, l’engagement prend une forme radicalement différente. Le far° à Nyon, Les Urbaines à Lausanne, les weekends du Roy à Romainmôtier ou le Belluard à Fribourg proposent, par exemple, des thèmes de réflexion transversaux, qui peuvent toucher aux questions de genre ou de migration. Dans ces manifestations, ce sont les artistes qui suscitent les réflexions, et le festival ne prend pas position en tant que tel pour ou contre une cause spécifique. C’est aussi le cas de La Fête du Slip, un festival pluridisciplinaire d’art contemporain, de musique, d’arts vivants et de cinéma dont la thématique transversale est la même d’année en année, le genre et les sexualités. Son jumeau a vu le jour à Genève fin octobre, intitulé le Fesse-tival. Ce concept de manifestation thématique pourrait se multiplier; il semblerait qu’il se prépare à Lausanne un festival pluridisciplinaire autour des relations entre les humains et les animaux, pour l’été 2019.

Les festivals de cinéma cultivent une tradition plus ancienne d’engagement pour des causes ou des objets politiques précis. Il s’agit le plus souvent de donner la parole à un réalisateur qui dénonce des injustices dans un pays étranger. Ainsi le FIFF qui présenta en 2015 une section Hommage à la Syrie avec le réalisateur Ossama Mohammed. Ou Visions du Réel en 2013 avec l’atelier Eyal Sivan, cinéaste israélien très critique du sionisme. Ou encore le GIFF (feu-Tous Écrans) à Genève qui récompensait en 2013 l’auteur et réalisateur marocain Abdellah Taïa pour son film sur l’homosexualité très réprimée dans son pays.

À Genève, le Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains (FIFDH), fonde sa ligne artistique sur l’engagement et accompagne les projections de conférences en marge des rencontres de l’ONU sur les droits humains. Une formule qui a fait des émules, à Paris et à Lugano notamment.

Plus récemment, d’autres se focalisent sur une cause précise. Parmi les festivals de cinéma LGBT, mentionnons Everybody’s Perfect à Genève, ou Queersicht à Berne. Et dans le domaine de la parité, Les Créatives à Genève qui propose une programmation 100% féminine, principalement dans la musique.

Reste que la responsabilité première des festivals est de présenter les artistes et leurs oeuvres les plus innovantes, dans la forme et le fond. La qualité d’une oeuvre passe par son propos, et c’est bien le rôle des festivals de créer des espaces de dialogue autour des intentions des artistes et des questions de société qu’ils abordent. Le public est d’ailleurs demandeur, de plus en plus friand de médiation culturelle qui l’aide à approfondir une oeuvre, comprendre l’émotion ressentie ou prolonger la réflexion qu’elle suscite.

C’est dire si la prise de position des festivals, certes salutaire, contre No Billag était somme toute exceptionnelle dans le sens d’une claire recommandation de vote, pas tout à fait désintéressée. Lieux de découvertes et de plaisir, les festivals casseraient l’ambiance s’ils devenaient trop pesamment didactiques. C’est pourquoi ils se contentent d’ordinaire de donner la parole aux artistes et favorisent sans a priori d’intimes prises de conscience.


Stéphane Morey est le co-fondateur et co-directeur du festival La Fête du Slip à Lausanne. Il est également secrétaire général de l’AROPA – Association Romande de la Production Audiovisuelle, et du Bureau Culturel Vaud, une association qui offre des conseils et services de base aux artistes et acteurs culturels du canton de Vaud. Stéphane Morey est aussi trésorier de Culture EnJeu depuis le mois d’avril 2018.

© Stéphane Morey. Reproduction des textes autorisée uniquement avec l’accord de l’éditeur et avec la citation de la source. Les illustrations sont la propriété de leurs auteurs respectifs.


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