la couverture du Culture En Jeu N°62

Le numéro 62 est disponible!

Au sommaire:

  • Édito: La Suisse jetée dans la guerre des plateformes (Chantal Tauxe)
  • Dossier: 15 pages sur la guerre des plateformes
  • Netflix, Disney, Apple, Amazon: la guerre des plateformes a commencé (P. Sordet)
  • En 2020, la SSR ripostera en lançant une plateforme nationale (itw de G. Marchand par C. Tauxe)
  • Netflix chamboule l'économie fragile des auteurs (M. Atmani)
  • L'urgence d'une Fondation Suisse des Médias (itw de F. Gonseth par C. Tauxe)
  • Netflix, l'addiction! (C. Gallaz)
  • Une relation durable avec le Verbier Festival (C. Jaquiéry)
  • La Fête des Vignerons répond (I. Falconnier)
  • La Fête des Vignerons et la musique (V. Arlettaz)
  • Quand Fellini rêvait de Picasso (G. Morin)
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Le collectif #KeepArcOpen se mobilise

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L’Arc artist residency à Romainmôtier a été sacrifiée par le Pour-cent culturel Migros.

Donner l’exemple par la politique du fait accompli : tel semble être le mot d’ordre suivi par la direction des affaires culturelles du Pour-cent culturel Migros pour fermer, sans préavis, sa résidence d’artistes à Romainmôtier, une institution ouverte en 1994 et ayant connu un essor remarquable ces quatre dernières années, grâce à un modèle de recherche artistique conçu et dirigé par Sally De Kunst. La décision a été annoncée contre toute attente le 24 octobre 2018 avec une fermeture des portes fin décembre, dans un communiqué de presse procédant par restriction mentale, car l’Arc n’y est même pas mentionné : « Afin d’accorder davantage de place à la nouveauté et de tenir compte des évolutions au sein de la société, il a été procédé à un examen systématique des activités et des projets culturels conçus et réalisés au sein de la Direction. » L’examen en question reste secret, malgré les demandes de transparence.

Il s’agit d’un grave précédent, ni expliqué publiquement, ni justifié véritablement par sa responsable, Hedy Graber, malgré la vive réaction de l’importante communauté de l’Arc (artistes, chercheurs, participants, sympathisants, public de tous horizons), dans un envoi massif de lettres de demandes d’explications, d’invitations au dialogue et à la reconsidération de la fermeture, ainsi qu’une pétition sous forme de lettre ouverte avec plus de 300 signatures récoltées en quelques jours en Suisse et autour du monde, des articles dans les journaux nationaux (Le Courrier, 20.11. ; NZZ, 30.11. ; 24 Heures, 22.11. et 5.12.2018) et du bruit sur les réseaux sociaux (#KeepArcOpen). L’incompréhension règne. Pourquoi fermer abruptement une institution dont la nécessité et l’impact sont reconnus nationalement et internationalement par la communauté artistique ? Au niveau politique, on se lamente de cette fermeture.

La réponse de Hedy Graber est un monument à la langue de bois « entrepreneuriale », reprenant les formules lénifiantes du communiqué de presse. Rien de plus, sinon qu’ « en tant que financeur privé de la culture, nous ne sommes pas dans l’obligation de commenter nos choix stratégiques ». Ce refus d’explications ne s’accorde pas, en termes de valeurs et de principes, avec l’affirmation dans le même communiqué selon laquelle « nous réorientons notre politique de promotion culturelle afin de pouvoir continuer à apporter une valeur ajoutée aux personnes vivant en Suisse. Nous en sommes convaincus : l’accès à la culture a des répercussions positives sur la société dans son ensemble et avec le Pour-cent culturel, nous y apportons une contribution essentielle. » Mais de quelle société parle-t-on ? Celle qui doit avaler de la valeur ajoutée – la pilule – sans mot dire ? S’il n’y a pas de débat démocratique possible sur la nature et la qualité de cette valeur ajoutée, affirmer alors que la Migros est une entreprise socialement responsable est un mensonge.

Il y a danger pour l’art et la culture de demain. Il y a tout lieu de croire que la fermeture soudaine de l’Arc annonce une politique culturelle de la Migros davantage orientée vers le sponsoring d’événements grand public concentrés dans la région zurichoise, mais assurant un retour immédiat sur investissement (branding), que tenant compte des équilibres démocratiques entre les régions et promouvant des projets de haute qualité artistique, dont l’Arc est un modèle. L’on connaît la force de frappe financière et la capacité d’influence de cette entreprise, qui va tenir la baguette du forum Culture et Économie le 7 et 8 mars 2019 à Winterthur, où se réunissent des responsables de la politique culturelle suisse, tant privés que publics. Son titre terrible sonne comme une justification après coup de la fermeture brutale de l’Arc : Arrêter les frais - (plus) un tabou pour le financement de la culture ? / Lichter aus - (k)ein Tabubruch für die Kulturfinanzierung ? Faux scrupules ou choix éclairé ? Anticipation funeste de ce qui attend d’autres initiatives, projets et institutions ? N’espérons pas !

Cette décision soudaine de fermeture de l’Arc, sans égards pour une part précieuse de l’identité culturelle de Romainmôtier et de la Suisse romande minoritaire et périphérique, est symptomatique des attaques à venir du secteur privé, Migros en tête, contre les droits culturels de la population. Selon la Déclaration de Fribourg des droits culturels (2007), notamment dans ses articles 9 et 10 concernant les principes de gouvernance démocratique et l’insertion dans l’économie, « le respect, la protection et la mise en oeuvre des droits énoncés dans la présente Déclaration impliquent des obligations pour toute personne et toute collectivité ; les acteurs culturels des trois secteurs, public, privé ou civil, ont notamment la responsabilité dans le cadre d’une gouvernance démocratique d’interagir et au besoin de prendre des initiatives pour veiller au respect des droits culturels, et développer des modes de concertation et de participation afin d’en assurer la réalisation, en particulier pour les personnes les plus défavorisées en raison de leur situation sociale ou de leur appartenance à une minorité. »

Les droits culturels sont à l’égal des autres droits humains une expression et une exigence de la dignité humaine. Migros devrait les respecter et entamer le dialogue pour permettre de sauver l’Arc.

Pour le collectif #KeepArcOpen Alberto de Andrés, historien de l’art Président de l’association Romainmôtier contemporain, Membre du comité du Bureau culturel Lausanne, Co-responsable de l’Espace dAM Romainmôtier


Le collectif ouvert #Keep ArcOpen s’est constitué spontanément à partir du réseau des artistes et de la communauté de l’Arc pour s’opposer à sa fermeture et trouver une solution afin d’en assurer la continuité. L’alerte lancée dans les médias et les réseaux sociaux n’a pas porté ses fruits jusqu’à aujourd’hui. Le dialogue est pour l’instant refusé. Le collectif s’est doté d’une forme juridique en fondant l’association D’Arc. Pour tout renseignement et soutien écrire à : keeparcopen@gmail.com.

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