la couverture du Culture En Jeu N°63

Le numéro 63 est disponible!

Au sommaire:

  • Édito: Le théorème romand: être sans exister (F. Gonseth)
  • Dossier: Une culture de taille romande?
  • Quand les cantons romands collaborent pour le bien de leur culture (C. Salvadé)
  • Au-delà des territoires (C.Gallaz)
  • La culture romande existe, la FRAS l’a rencontrée (Itw de T. Luisier par C. Jaquiéry)
  • Les salaires de l’art (A. Lanz)
  • L’intégration romande la plus avancée: le cinéma (Itw de G. Ruey par F. Gonseth)
  • Les artistes romands sont-ils perdants? (J. Aguet)
  • Dossier: La Confédération dans la guerre des plateformes
  • La Confédération affronte Netflix & co (F. Gonseth)
  • L’argent de la 5G compensera certains de ses dégâts culturels (Itw de G. Savary par F. Gonseth)
  • Vademecum pour les années à venir (C. Tauxe)
  • Le paradoxe de l’égalité des chances à l’école (C. Jaquiéry)
  • La LoRo soutient… (F. Gonseth)
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La Suisse jetée dans la guerre des plateformes

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Ils ont fini par sortir du bois. Alors que déferlaient dans tous les médias de multiples éclairages à l’aube de la dernière saison de Game of thrones, certains ont osé avouer en avril dernier urbi et orbi, c’est-à-dire sur les réseaux sociaux, qu’ils n’avaient jamais visionné une seule seconde de la saga. Parmi ces réfractaires, il y avait pourtant de nombreux amateurs de feuilletons. Quoi qu’il en soit, il est indéniable que ce que l’on appelle les séries sont devenues un phénomène de société. On peut encore se permettre de bouder l’une, mais autour de la table, avec des collègues ou entre amis, ceux qui ne peuvent en évoquer passionnément aucune passent pour de doux extraterrestres.

D’où vient cette addiction aux narrations par épisodes ? Une hypothèse : les clips puis les tweets ont réduit le récit à pas grand-chose. Et peut-être bien que l’humain pensant éprouve encore et toujours le besoin de s’installer dans une histoire, de brasser de grandes perspectives, de faire connaissance avec les personnages, de se laisser dérouter par la complexité d’une intrigue ou de rebondissements, d’embrasser toute la profondeur d’une époque, plutôt que d’être sommé de tout comprendre en 3 minutes maximum ou 180 caractères. Cet engouement pour des narrations longues, s’étalant sur plusieurs années, comblerait le vide laissé par le discours politique, lui aussi, réduit à pas grand-chose, de pauvres gesticulations et des slogans creux, alors que le citoyen réclame une identité et des horizons.

Les séries ne seraient pas devenues nos références contemporaines sans les grandes plateformes américaines qui ont transformé notre soif de divertissement en business. Séduits par une offre abondante, et adroitement disponible en plusieurs langues, avons-nous pris la mesure de l’impact de Netflix & Cie sur notre paysage audiovisuel ? Que vont devenir nos télévisions et les cinémas européens face à l’hégémonie des GAFA (Google, Amazon, Facebopk, Apple) ? Le législateur les a-t-il suffisamment armés pour qu’ils puissent survivre et même se redéployer ?

En collaboration avec Cinébulletin et la Société Suisse des Auteurs (SSA), votre magazine CultureEnJeu consacre un riche dossier à toutes ces questions. La révolution numérique offre aux créateurs de magnifiques opportunités, de nouveaux champs d’investigation, des canaux de diffusion presque illimités. Mais elle déstabilise aussi les chaînes de production de valeurs et de revenus. Tout occupé à définir le périmètre de la SSR, le monde politique suisse tarde à agir en faveur de la diversité médiatique et culturelle, gravement menacée par l’empire rebaptisé GAFAN (les GAFA + Netflix). Qu’il s’agisse des rentrées publicitaires ou des droits d’auteurs, il procrastine et attend les solutions européennes tout en maugréant de devoir, là encore, s’adapter à ce qui vient de Bruxelles.

Patron de la SSR, Gilles Marchand a bien saisi les enjeux, et se montre rassurant pour les producteurs indigènes, auxquels il veut consacrer une plus grosse enveloppe. Reste que, avec un budget plafonné et des économies contestées aussi vite qu’elles sont rationnellement émises, la mission devient presque impossible.

Pour redonner du souffle et des moyens tant à la filière audiovisuelle qu’aux médias, Frédéric Gonseth propose une Fondation, redistribuant l’argent perçu en trop via la redevance radio-tv, auquel pourrait s’ajouter le produit de l’attribution des concessions 5G, et à terme la taxation des fenêtres publicitaires ou des GAFAN. Après tout, avec un peu de courage et d’imagination, le législateur est l’équivalent des pools d’auteurs qui cisèlent les meilleurs scénarios de séries : il peut renverser la table et changer le destin d’une communauté qui semblait prisonnière de vents contraires. 


© Chantal Tauxe. Reproduction des textes autorisée uniquement avec l’accord de l’éditeur et avec la citation de la source. Les illustrations sont la propriété de leurs auteurs respectifs.


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