la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
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Socialement, L’Hebdo est rentable - mar 23 août 2016

Les journaux suisses imprimés sont de moins en moins rentables. Trois risques les guettent : la disparition pure et simple; l’intégration à un groupe international; la récupération par un courant politique qui a financièrement les moyens de se les offrir.


Idée fausse n°1

la concentration sauve la presse
En Suisse romande et au Tessin, la diversité et la qualité journalistique ont incontestablement perdu des plumes depuis que la concentration de la presse s’y est imposée. Le duopôle Tamédia-Ringier règne dans certaines régions, p.ex. Lausanne- Genève, un monopole dans les autres. La concentration réalisée dans un premier temps par Edipresse à l’échelle romande a permis que d’un seul coup, et sans réaction, les principaux organes romands Le Matin, L’Hebdo, 24H, TdG, Le Temps, passent en mains alémaniques. Et rien n’empêche bientôt en mains européennes ou mondiales.

Idée fausse n°2

la volonté de faire du chiffre est neutre
Les mesures de rationalisation ont pour effet de faire maigrir les rédactions, de  baisser les salaires des journalistes et des employés, de diminuer le travail d’enquête et la qualité journalistique en général. Le résultat est double : l’attrait de la presse diminue et perd encore plus de lecteurs, et elle joue moins efficacement son rôle de « médiateur » dans les débats politiques.

Idée fausse n°3

le rachat des journaux par la droite populiste est légitime
Les journaux suisses étaient à l’origine, au début du XIXe, des journaux d’opinion et leur affrontement vivifiait la démocratie naissante.C’est vrai. Aujourd’hui, l’état-major de Blocher (qui se paie de grands journaux comme Basler Zeitung et l’hebdo Weltwoche et vient à peine de rater le rachat de la NZZ) les ferait retourner à leur état originel de journaux d’opinion.Sauf qu’à l’époque, les journaux d’opinion étaient nombreux et divers. Aujourd’hui,ce n’est pas un retour à cet état diversifié, c’est le règne d’une opinion unique.

Idée fausse n°4

la SSR « vole » à la presse privée ses ressources publicitaires
Pendant que les médias suisses perdaient1 milliard de ressources publicitaires en moins de dix ans, depuis 2007, la publicité augmentait de 200 millions dans le secteur télévisuel. C’est un fait. Les éditeurs privés s’empressent d’en déduire que la SSR leur a « volé » la publicité. C’est faux.Les ressources publicitaires de la SSR ont à  peine augmenté depuis 2007, et elles sont en baisse depuis 2011. Si une partie de la publicité perdue par la presse privée se déplace vers la TV, c’est au bénéfice des chaînes étrangères. Par le biais des fenêtres publicitaires notamment (voir ci-contre) qui ont gagné 137 millions depuis 2008, pour atteindre 316 millions en 2015, plus très loin des 364 millions de la SSR, qui sera dépassée dès 2017.

Pendant ce temps, depuis 2005, les dépenses publicitaires suisses sur internet ont quadruplé. La SSR a besoin de se développer sans être bridée sur internet vers laquelle 80% des ressources retirées aux médias traditionnels (y compris à la TV suisse) se déplacent.

Idée fausse n°5

l’aide à la presse équivaut àune prise de contrôle par l’État
Les éditeurs privés ont su par le passé se regrouper pour financer des agences de nouvelles communes comme l’ATS. Ils recourent de plus en plus aux articles de groupes d’enquête internationaux(Panama papers). Une aide financière publique à des agences ou des fondations produisant un contenu de qualité pourrait se faire dans un cadre qui n’entame en rien l’indépendance éditoriale des rédactions.

Idée fausse n°6

une jonction presse privée–audiovisuel public est impossible
Le déplacement des ressources publicitaires et du mode de consommation des informations vers internet exerce une pression extrêmement forte sur tout le paysage médiatique suisse. Aucune solution politico-économique d’ensemble ne pourra être trouvée pour protéger ce paysage, si chaque secteur continue à se battre au détriment de l’autre, alors que chacun accomplit à sa manière une mission au service du bien commun, aussi bien dans la presse privée que dans l’audiovisuel public.

Par Frédéric Gonseth, cinéaste, président de Médias Pour Tous


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