la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
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La musique aussi relève du service public - jeu 27 août 2015

Le coup de cœur d’Edouard Waintrop : « La Isla Ninima » de Alberto Rodrigues 


En 2014, avec La Isla Minima, Alberto Rodriguez a gagné la bagatelle de dix Goya, les oscars espagnols, dont ceux du meilleur film et du meilleur metteur en scène. L’affaire est donc entendue : La Isla Minima a été le meilleur long métrage espagnol de l’an de grâce 2014.

C’est aussi l’un des meilleurs polars réalisés en Europe et tout simplement un fameux film.

Rodriguez y balade deux flics dans l’Espagne du tout début des années 80 du siècle dernier, quand le royaume vient juste de se dépêtrer de trente cinq ans de franquisme. Les deux inspecteurs débarquent de Madrid en Andalousie, dans les marais du Guadalquivir. Il s’agit de retrouver le meurtrier de plusieurs jeunes filles. Nos deux enquêteurs sont moustachus, c’est à peu près tout ce qu’ils ont en commun. L’un, le plus jeune, est démocrate, heureux des changements qui ont affecté son pays et carriériste. Son partenaire est bourru mais sait parler aux simples pékins, les faire parler devant un verre ; il peut aussi être violent et son passé est pour le moins brumeux et entêtant…

Le dispositif est donc simple. En revanche, l’histoire dans laquelle nous plonge le réalisateur sévillan, qui connait donc bien la région et sait en tirer des impressions étonnantes, est heureusement tortueuse. Rodriguez sait de plus jouer avec nos sentiments, rendre ses deux protagonistes tour à tour sympathiques et antipathiques. Et il finit par nous envoyer la conclusion de son film dans la figure comme un coup de cravache.

Pour en savoir plus : www.cinemas-du-grutli.ch

La musique aussi relève du service public - lun 10 août 2015

Coup de cœur d’Alfio Di Guardo. Chaque année, les Cinémas du Grütli reprennent l’essentiel, voire l’intégralité, des films de la rétrospective du Festival International du Film de Locarno. Ainsi, du 19 août au 1er septembre, les spectateurs genevois pourront apprécier l’univers de Sam Peckinpah.


Cinéaste américain essentiellement porté vers l’action, et disparu à l’âge de 59 ans en 1984, Sam Peckinpah, après une brève mais riche carrière à la télévision, n’a tourné que 14 films de long métrage entre le début des années 60 et celui des années 80. Pourtant, il a labouré le champ cinéma au point d’y laisser une tranchée qui reste incomblée. Il y a un avant et un après. Ceux qui aiment et ceux qui détestent. Il y a la forme et le contenu.

La Horde sauvage de Sam Peckinpah
© DR

Côté forme, les films de Sam Peckinpah se caractérisent par une utilisation du ralenti qu’il a élevé en copyright. Sam Peckinpah met en scène de véritables symphonies de la violence qui se déclinent dans les différents genres du western, du thriller, du film policier, du film de guerre, voire même de la comédie dramatique (Straw Dogs, Les Chiens de paille, 1971). Dans La Horde sauvage (The Wild Bunch, 1969), par exemple, les spectateurs découvraient l’ahurissant ballet des impacts de balle percutant les corps, immédiatement suivis des gerbes de sang fusant au ralenti.

Côté contenu, on relève que les héros de Sam Peckinpah sont des brutes, des brutes au cœur de pierre mais fêlés par la strie du désespoir. Ce sont rarement des personnes aimables ni même admirables, fascinantes néanmoins. Ils vont jusqu’au bout. De l’horreur, de l’enfer, de la nuit… de la vie. Peckinpah est un cinéaste du crépuscule, ce moment où le jour bascule, où après des fulgurantes sanglantes, le ciel vire au noir.

Peckinpah a peu tourné, certes, mais avec les plus grands. Sans parler de Joel McRea et Randolph Scott, qu’il ressuscite dans Coups de feu dans la Sierra, on relève qu’il a dirigé Charlton Heston, Steve McQueen, Dustin Hoffman, Warren Oates, William Holden, Ernest Borgnine, Robert Ryan, James Caan, Robert Duvall, James Mason, Dennis Hopper, James Coburn, Kris Kristofferson, Bob Dylan… Et les femmes ? À part Ida Lupino (Junior Bonner, 1972)…

Pas de vedettes dont l’histoire du cinéma ait retenu les noms (bien sûr, on adore Ali MacGraw dans Guet-apens, Senta Berger dans Croix de fer), ni même de personnages principaux, juste des faire-valoir qui accompagnent le héros ou précipitent la situation (Susan George, dans Straw Dogs). Qu’importe, mort prématurément, emporté par un torrent d’alcool et de drogues diverses, Sam Peckinpah laisse une œuvre essentielle à découvrir ou à redécouvrir aux Cinémas du Grütli de Genève.



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