la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
s’abonner

La musique aussi relève du service public - mer 23 septembre 2015

Le coup de cœur d’Edouard Waintrop: un film fou pour vous faire rêver



Les 1001 nuits de Miguel Gomes ont été l’un des gros coups de cœur de la dernière Quinzaine des réalisateurs à Cannes.
C’est un film fou. Déjà par sa dimension: trois fois deux heures dix. Ensuite par son ambition, son projet: mettre en scène la crise et la politique d’austérité au Portugal et leurs conséquences sur leurs victimes. Et faire tout ceci sans tristesse obligée, parfois avec gravité certes mais souvent avec un sens épatant de la dérision.
Les histoires qui sont racontées ici ont été documentées par le travail d’une escouade de journalistes qui ont enquêté sur quelques faits politiques, économiques, mais aussi sur des faits divers.
Miguel Gomes, le réalisateur, a ensuite bâti un scénario avec ses enquêteurs.
Pour garder le caractère éclaté et fou de ce qu’il a pêché, le réalisateur a eu l’idée d’en faire une version des Mille et une nuits, de ces histoires que Shéhérazade racontait au roi de perse chaque soir.   
Le résultat est tout simplement dingue, mélange de réalité et de fiction, passage incessant du coq à l’âne, d’un ton à l’autre, conte grotesque puis drame poignant, satire enlevée puis documentaire, interview et farce rabelaisienne à la mode portugaise ou africaine.
Vous pouvez vous en faire une idée avec le premier épisode, L’inquiet, projeté jusqu’au 29 septembre et découvrir ensuite Le Désolé à partir du 30 puis L’enchanté à partir du 21 octobre.  
Avec sa bienveillance envers ses compatriotes et sa colère contre les puissants et leurs soi-disant experts, Gomes a réussi un film qui nous submerge, nous stupéfait et nous excite.


La musique aussi relève du service public - mer 16 septembre 2015

Coup de cœur d’Alfio Di Guardo : Le sublime « Cristo si è fermato a Eboli » de Francesco Rosi



Diable ! Le cauchemar, choisir un film de Francesco Rosi, alors que la rétrospective de son œuvre aux Cinémas du Grütli arrive à son rythme de croisière ! Les yeux fermés, mais au cinéma on a intérêt à les garder grands ouverts, des images plein la tête, le sublime Cristo si è fermato a Eboli s’impose.
L’URSS de Staline avait ses goulags en Sibérie, l’Italie fasciste de Mussolini, la Lucanie, province du sud, perdue au cœur des Calabre. C’est dans ses paysages désolés, loin de toute civilisation, dans cette terre de paysans triste et délaissée, que se déroule l’histoire. Un pays tellement isolé, que même le Christ l’a oublié. Le Christ s’est arrêté à Eboli, l’ultime station du train qui mène Levi à son châtiment, au petit village de Gagliano.

Médecin, écrivain, puis peintre, Carlo Levi, engagé dans le mouvement antifasciste «Giustizia e Libertà», est arrêté puis envoyé en exil, en résidence surveillée, dans un petit village de Lucanie. Il y restera deux ans, entre 1935 et 1936. Dans l’interdiction d’exercer, alors que le choléra et diverses maladies sévissent dans la campagne qui l’entoure. Alors, il écoute, il parle, il écrit, il peint. Et le film, comme le roman, est le récit de ce contraste puis de ces rencontres, de ces partages entre l’intellectuel citadin du Nord et ces paysans «incultes, illettrés», du Sud. Et peu à peu, ces chroniques du quotidien, faites de contacts, de regards, d’échanges timides, transforment l’enfer du condamné en paradis. Le respect, l’amitié, l’amour, finissent par gagner ces terres de désespoir. Le Christ s’est peut-être arrêté à Eboli, mais son humanité est sans frontières. Et on finit par se retrouver submergé d’émotions, tant le film est beau et mélancolique. Beau dans sa plastique, mais bien plus beau sans doute, dans la noblesse de son propos. Ici, Rosi évoque la rencontre des civilisations. Car tandis que Mussolini envoyait ses troupes dans la tentative pitoyable de coloniser l’Abyssinie, il oubliait que l’Italie avait ses propres «colonisés». Ils méritaient qu’on s’y intéresse, plutôt qu’on ne les oublie. Et c’est eux qu’évoque Francesco Rosi via le récit de Carlo Levi, dans ce film de 1979. Le film ne serait pas ce qu’il est sans l’immense Gian Maria Volontè, Lea Massari, Alain Cuny, Irène Papas et aussi, le formidable François Simon. Rosi adapte un roman autobiographique publié en 1945 qui résonne encore avec force, hélas, dans notre monde d’aujourd’hui. On y parle de civilisation, de dignité…

Cristo si è fermato a Eboli (Italie, 1979, 150’), à voir dimanche 20 septembre 2015 à 20h00 à Genève. Pour en savoir plus:
www.cinemas-du-grutli.ch


Nos partenaires