la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
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La musique aussi relève du service public - lun 21 mars 2016

A Perfect Day (Un jour comme un autre), de l’épopée intime d’une poignée de personnages au drame réaliste d’une terrible tragédie qui ne renonce jamais à déceler l’humain dans cette peinture de l’enfer



Au cœur des Balkans, vers la fin de la guerre. Un groupe d’humanitaires, travaillant pour une ONG chargée de rétablir l’alimentation en eau potable d’une région dévastée, erre au fil des missions qui lui sont confiées. Désabusés, revenus de tout, ils ne baissent jamais les bras. Seuls contre tous, même leur hiérarchie et les casques bleus de l’ONU, sans même parler des bandes armées qui terrorisent encore les populations, ils s’efforcent d’épurer des puits souillés, de retaper des canalisations… Mais surtout, de réparer des âmes. Mambrú (Benicio Del Toro), «B» (Tim Robbins), presque blasés, ne pensent qu’à rentrer chez eux.  Ils sont assistés d’un interprète taciturne (Fedja Stukan) et d’une nouvelle recrue pleine d’enthousiasme, Sophie (Mélanie Thierry). Ils sont bientôt rejoints par une fonctionnaire, Katya (Olga Kurylenko), ex petite amie de Mambrú, mandatée pour contrôler leur travail et juger de son utilité.

Après une introduction aussi virtuose que déroutante, et décor planté en une dizaine de minutes, Fernando León de Aranoa emmène le spectateur dans un road-movie cru et drôle à la fois. Il passe de l’épopée intime d’une poignée de personnages au cœur du chaos, au drame réaliste d’une terrible tragédie. Mais la comédie n’est pas loin. Le regard du talentueux réalisateur espagnol capte la moindre manifestation d’humanité pour en délivrer l’émotion. Dans cette peinture de l’enfer, le rire surgit comme un éternuement, l’effroi comme un mal de gorge qui ne s’estompe jamais. Le conflit, presque finit, est toujours perceptible dans les regards, dans les tensions, et la violence est omniprésente.

Pour évoquer les horreurs de la guerre, et débroussailler les voies de la résilience, Fernando de Aranoa a choisi, à l’instar du Robert Altman de Mash, d’atténuer les difficultés, les douleurs, par un humour dévastateur. Et le duo Del Toro/Robbins n’est pas sans rappeler celui formé par les médecins trublions Elliot Gould/Donald Sutherland. Ici, toutefois, le ton est moins potache, plus subtil. L’ironie est douce mais féroce, déjà contenue dans un titre, A Perfect Day (Un jour comme un autre), trop anodin pour ne pas imaginer que l’auteur s’efforcera de le contredire tout au long du récit. Rien n’est parfait, hélas, dans le quotidien des hérauts de l’eau potable. Il est truffé de rencontres déroutantes, hallucinantes. On pense notamment à leur rencontre avec une vielle femme qui évolue dans un champ truffé de mines à la suite de son troupeau, sans aucune crainte. Maline, elle marche dans les traces des vaches. Et c’est ainsi qu’avance la narration, alternant épisodes effroyables et truculents. A la fin, on se retrouve avec un film formidable, animé par des comédiens qui ne le sont pas moins. A voir sans tarder.

A Perfect Day, de Fernando De Aranoa (Espagne, 2015, 106’). (Italie, 2015, 135’).
Pour en savoir plus consulter le site: www.cinemas-du-grutli.ch


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