la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
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La musique aussi relève du service public - mar 23 août 2016

RESTER VERTICAL


Dès les premières images, on fait connaissance avec Léo. Au volant d’une voiture, il fonce au gré des routes sinueuses qui quadrillent les hauts plateaux de Lozère. En passant, Léo croise le regard d’un jeune homme. Il s’arrête et lui demande s’il ne veut pas faire du cinéma.  Fâché, le jeune l’envoie paître. Et ça tombe bien (ou mal, c’est selon), car Léo, scénariste en mal d’inspiration, cherche le loup qui, paraît-il, est réapparu dans la région. Dans un premier temps, faute d’animal féroce, il rencontre, au milieu d’une steppe et d’un troupeau de brebis, une adorable bergère, déprimée, rêvant de vivre en HLM, qui l’accueille fusil au bras. Et aussitôt, ils font un enfant. Mais la vie de couple n’est pas faite pour eux, et bien vite, Léo, le bébé sous le bras, poursuit ses pérégrinations entre Brest et le marais poitevin. Entretemps, la vie suit son cours. Jusqu’au carrefour de la mort, l’occasion d’une scène somptueuse dont le cinéma en compte peu.



On l’aura compris, impossible de résumer Rester vertical. Car après le formidable Inconnu du lac, qui s’articulait sur une trame de film policier, Alain Guiraudie délaisse les canons de la narration codifiée, pour emmener le spectateur dans une sorte de rêve éveillé, d’errance maîtrisée malgré tout par les lois «de la cause à l’effet». Et ainsi, les saynètes s’enchaînent au gré des pérénigrations du «héros malgré lui», de ses rencontres. L’occasion de scènes hillarantes, proches du burlesque, qui permettent de désarmorcer des situations qui sont généralement déprimantes voire anxyogènes (Léo est un SDF, largué par la mère de son enfant, il n’a pas d’idées, harcelé par son producteur…). Bref, tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais avec Alain Guiraudie, rien n’est simple, même s’il filme frontalement, sans détour. Les personnages se font face, les regards sévères, mais avec néanmoins une étincelle au fond de la prunelle qui fait qu’ils se comprennent très vite. Ici, il est surtout question d’érotisme. L’attirance débouche quasi systématiquement sur un rapport. Alain Guiraudie est un joyeux drille de génie et il le prouve film après film.

Trivial, gaillard, truffé de tableaux splendides (par exemple «L’Origine du monde», de Courbet, ou une merveilleuse séance chez une psy naturaliste), Rester vertical revisite l’univers d’un Pier Paolo Pasolini avec l’humour subtil et lunaire d’un Jacques Tati. Et les loups dans tout cela ? Ils arrivent. Et pour les affronter, on a intérêt à «rester vertical», ne pas se coucher… Et aller au cinéma, bien sûr.
 
RESTER VERTICAL, d’Alain Guiraudie (France, 2016, 100’),
dès le 24 août 2016.
Pour en savoir plus : www.cinemas-du-grutli.ch


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