la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
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La musique aussi relève du service public - jeu 15 septembre 2016

VICTORIA ou le portrait d’une femme moderne rattrapée par la difficulté à tout gérer seule.

 
En 2013, nous avions été soufflés – mais également essouflés – par l’énergie déployée par Justine Triet dans sa Bataillede Solférino. Un premier film en forme de course-poursuite endiablée,ballade au pays de la folie d’une journée de mai 2012, celle de la victoire de François Hollande à l’élection présidentielle. Son héroïne, campée par la formidable Laetitia Dosch, devait –contrainte- confier ses enfants à son ex, à peine sorti de la clinique (Vincent Macaigne), avant de filer couvrir l’événement. Ça hurle, crie, ça se déchire, la caméra virevolte au gré des engueulades… Bref, le spectateur se retrouvait baba au fond de son fauteuil,tétanisé par tant d’énergie, pantois, certes, mais ravi. Justine Triet signait une tornade de premier film, un moulin de machine à laver qui vous passait à l’essoreuse. Ne lui restait plus qu’à passer le cap du second. C’est désormais chose faite avec Victoria.
 


Victoria,c’est Virginie Effira. Une Virginie Effira comme on ne l’a jamais vue, à peine fardée, malmenée, s’agitant dans tous les sens, danseuse frénétique faisant des pointes au bord de la crise de nerfs. Une Virginie Effira, on l’aura compris,qui assure comme jamais. Avocate, divorcée, mère de deux enfants. Larguée par son baby-sitter, elle engage un ancien client, ex dealer assagi, afin de pouvoir affronter les écueils que lui réserve son quotidien. Tandis qu’elle s’efforce de défendre un ami accusé de tentative de meurtre sur son épouse, au demeurant assez perverse, Victoria doit encore gérer les conséquences de l’étalage de sa vie intime, distillée sur un blog par son ex-mari aux velléités d’écrivain. Attaquée de toute part, minée par une vie sentimentale au point mort, Victoria se relève à chaque fois qu’elle touche le fond. Avec classe et humilité. En toute discrétion, les sentiments refoulés, l’émotion au bord des lèvres, Virginie Effira est tout le contraire d’une Laetitia Dosch toute de bruit et de fureur. Et Justine Triet tire le meilleur d’une actrice qui est décidément très à l’aise dans le registre de la comédie. Une comédie estampillée clairement «screwball», truffée de rebondissements, aux dialogues qui fusent. On pense évidemment au George Cukor d’
Adam’s Rib (Madame porte la culotte), mais aussi à d’autres régals mitonnés dans le Hollywood des années 40-50.
 
Justine Triet ne fait pas de cadeau à ses héroïnes. Elle les plonge dans des situations inextricables qui en pousseraient plus d’une à jeter l’éponge (et pas pour récurer le parquet, c’est sûr), mais elle les adore. Les siennes sont des «Wonder Women», des mères-courage qui ne renoncent jamais. La preuve par deux avec
Victoria.
 
VICTORIA, de Justine Triet (France, 2016, 90’).
Dès le 14 septembre 2016.
Pour en savoir plus: www.cinemas-du-grutli.ch


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