la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
s’abonner

La musique aussi relève du service public - lun 3 avril 2017

FÉLICITÉ d’Alain Gomis  un film qui tourne à cent à l’heure




Un visage d’abord. Un corps, ensuite, généreux massif, racé. Un roc. Félicité est une guerrière. Elle est magnifique. Tous les soirs, elle chante dans un bar de Kinshasa et embaume les âmes jusqu’au petit matin. C’est son travail. Par-là, elle permet à son fils, Samo, de poursuivre des études.  Et ainsi va la vie, courtisée, respectée, Félicité affronte son quotidien la tête haute et le regard décidé. Jusqu’au moment où, suite à un accident de la route, la vie de son fils est menacée. Pour le soigner, Félicité doit trouver de l’argent. Beaucoup. Elle part en chasse, le regard toujours aussi volontaire, mais le cœur en berne. Et le roc de se lézarder. Et des fragilités d’apparaître…

Alain Gomis s’accroche aux basques de son héroïne. Il la suit d’une caméra-vérité qui ne cache rien. Ni les blessures d’un corps éprouvé, ni les meurtrissures d’une ville, Kinshasa, surpeuplée, pauvre, dévastée, mais aussi riche, joyeuse et bouillonnante. Jamais misérable. Comme Félicité. Elle cherche de l’argent mais ne demande jamais l’aumône. Face aux coups du sort, la femme forte exige et revendique. Elle attaque plutôt que de résister. Elle est formidable, tout comme l’actrice qui l’interprète, Véro Tshanda Beya. Elle est le moteur et le carburant d’un film qui tourne à cent à l’heure, au rythme d’une course contre la montre pour la vie.

Ce quatrième long métrage d’Alain Gomis est une œuvre puissante et délicate à la fois. Délicate car elle dessine avec subtilité les contours d’une humeur en constante évolution. Elle l’accompagne de la consternation, de la souffrance, au bonheur (pas forcément dans cet ordre au demeurant), en jouant des armes de la comédie et du drame. Il y a de l’amour dans cette mise en scène, comme dans le film d’ailleurs (belle histoire d’amour entre Félicité et un géant alcoolique mais bricoleur aux doigts de fée). Film puissant, car on n’oubliera pas de sitôt le personnage de Félicité, ses chansons hypnotiques, comme sa volonté d’airain.  Le film, truffé de moments comiques ou dramatiques s’apparente à une boîte à surprises palpitante, qui en délivre avec parcimonie mais judicieusement. Pas étonnant que le film ait remporté de nombreuses récompenses, dont l’Ours d’argent au récent festival de Berlin, ainsi que le titre suprême à celui de Ouagadougou.

FÉLICITÉ, d’Alain Gomis (France/Sénégal, 2017, 123’). Aux Cinémas du Grütli, dès le 29 mars 2017. Pour en savoir plus consulter le site: www.cinemas-du-grutli.ch


Nos partenaires