la couverture du Culture En Jeu N°60

Le numéro 60 vient de paraître !

Au sommaire :

  • Édito : Descendre dans l'arène (Chantal Tauxe)
  • Dossier : 12 pages sur les Artistes engagés
  • Théâtre, le retour des troupes
  • La guerre des plateformes
  • À Villars-sur-Glâne en attendant Noël
  • Pratique du droit d’auteur
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La musique aussi relève du service public - sam 6 mai 2017

CHIEN ENRAGÉ, un film noir admirable à l’atmosphère oppressante qui met à mal les travers de la société japonaise


« L’anecdote  du film est  absolument exacte.  L’idée  originale  du scénario  me vint en entendant parler d’un vrai détective qui eut le malheur pendant cette époque de restrictions de perdre son pistolet. […] J’aime beaucoup Georges Simenon, et j’ai voulu  faire quelque  chose qui fût dans  sa manière. »

Akira KUROSAWA



Le jeune inspecteur de police Murakami  découvre avec stupeur qu’il s’est fait voler son arme de service dans un autobus bondé. Rongé par la culpabilité, il décide de retrouver le voleur au plus vite et rejoint pour cela les rangs de l’inspecteur Sato, à la carrière prolifique. Lorsqu’il apprend  que son colt a servi à tuer un innocent, Murakami  n’a plus qu’une chose en tête : mettre  la main sur le coupable avant que son arme ne serve à nouveau…

Tourné en 1949, Chien enragé est le premier film produit  par la Shintoho, société de production créée par des anciens de la Toho  suite à une succession de grèves et de conflits internes au sein de la maison mère. À l’origine, il s’agit d’un roman qu’Akira Kurosawa écrivit sous l’influence de Georges Simenon – dont le Japonais était un grand admirateur – et qu’il transposera sous forme de scénario. Dans ce modèle  de film noir qu’est Chien enragé, Kurosawa parvient à créer un climat véritablement angoissant qui se ressent dès les premières images du générique – avec ces plans de chien haletant – et à travers la chaleur étouffante qui semble écraser les personnages  à tout moment. Sa peinture des bas-fonds de Tokyo est saisissante de réalisme  avec ses bouges, ses  trafics  en tous  genres provoquant  l’ire de ses  habitants,  las  de tant de précarité. La  ville devient ici un personnage à part entière, décidant de la trajectoire de ses résidents. Encore une fois,  Kurosawa  utilise  le thème du double avec  les  personnages   de l’inspecteur  idéaliste Murakami et celui du criminel Yusa, anciens soldats démobilisés ayant chacun suivi deux  voies opposées.  Ce sont  eux les « chiens enragés » de ce film,  ces hommes  à la violence  plus  ou moins  contenue qui lutteront jusqu’au  bout contre leur définition  de l’injustice.  Chien  enragé reprend   à la fois  les codes  du film noir américain (mise  en scène  nerveuse,  personnages  et thèmes clés du genre) et ceux du néoréalisme italien (emprise de la sociologie sur le récit). Ce mélange des genres confère  à ce film son caractère dénonciateur, éminemment politique.

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Né en 1910, Akira Kurosawa est l’un des cinéastes japonais les plus acclamés du XXe siècle, dont l’impressionnante carrière a donné naissance à un florilège de chefs-d’œuvre puissants et indémodables. En cinquante ans, le cinéaste a touché à tous les genres : le film d’action, la fresque historique, le film noir, le drame intimiste… Grand féru de littérature, il a également transposé de nombreux auteurs à l’écran : de Shakespeare (Le Château de l’Araignée) à Maxime Gorki (Les Bas-Fonds), en passant par son compatriote Shugoro Yamamoto (Sanjuro, Barberousse).
C’est à l’âge de 25 ans que Kurosawa entre à la Toho – alors appelée Photo Chemical Laboratories – où il occupe dans un premier temps le poste d’assistant-réalisateur. Il y réalise son premier film, La Légende du grand judo, huit ans plus tard. Dès lors, sa filmographie se fait en grande partie au sein de ces célèbres studios japonais, et il finira par être son réalisateur emblématique.
Kurosawa a été l’un des plus importants ambassadeurs japonais à l’étranger car son œuvre est de fait indissociable de son pays. Ses films sont de formidables témoignages sur le Japon – aussi bien médiéval (La Forteresse cachée) que contemporain (L’Ange ivre) – dans lesquels le cinéaste fait preuve d’un regard empreint d’humanisme, mais néanmoins critique, sur la société nippone. Son art du réalisme visionnaire fait de Kurosawa rien de moins qu’un double cinématographique de Dostoïevski, l’une de ses principales références littéraires. Cinéaste influencé par la culture occidentale, il finira par l’influencer à son tour ; Martin Scorsese, Clint Eastwood, George Lucas… de grands réalisateurs d’aujourd’hui vouent un culte à son œuvre.
Cette rétrospective présentée aux Cinémas du Grütli en deux parties permet de se replonger dans la filmographie du maître japonais au sein de la Toho, de ses premiers pas en tant que cinéaste durant la Seconde Guerre mondiale à sa consécration dans les années 1960. Huit films de Kurosawa sont présentés dans cette seconde partie.

CHIEN ENRAGÉ, de Akira Kurosawa (Japon, 1949,122’)
avec Toshiro MIFUNE, Takashi SHIMURA, Keiko AWAJI, Eiko MIYOSHI & Noriko SENGOKU

Pour en savoir plus consulter le site: www.cinemas-du-grutli.ch


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