Édito n°60, novembre 2018 - Descendre dans l'arène

Chantal Tauxe Chantal Tauxe Rédactrice en chef
Licenciée ès lettres des universités de Lausanne et Neuchâtel, journaliste depuis 1986, elle a travaillé à 24 heures, à l'illustré, au Matin et à L'Hebdo, dont elle a été la rédactrice en chef adjointe de 2009 à 2017. Elle collabore aussi au site Bon pour la tête, et tient son propre blog: www.chantaltauxe.ch


article paru
dans le N°60 de Novembre 2018

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Singulière année 2018. Elle aura vu les artistes oublier un temps leurs rêves, leurs projets propres, leurs plumes, leurs scripts, leurs partitions, leurs scénarios, leurs caméras, leurs micros, pour s’engager contre l’initiative No Billag qui voulait priver la SSR de ses ressources via la redevance. Et comme le calendrier politique suisse n’est jamais avare de remake, trois mois plus tard, une bonne partie des mêmes appelaient à approuver la nouvelle loi sur les jeux d’argent, contestée par un référendum.

Porte-voix des gens de culture, CultureEnJeu a participé avec détermination à ces deux campagnes, afin d’éviter que, par dégâts collatéraux, ceux qui font métier de créer ne soient privés des ressources financières et des partenariats que leur procurent la SSR et les loteries.

La descente des artistes dans l’arène n’est pas passée inaperçue. Ils ont bousculé le train-train des campagnes, en prenant la parole plus tôt que le calendrier habituel, ils ont amené des touches ludiques, festives et intégratrices, dans des argumentaires et des débats où règnent souvent le juridisme et les chiffres. Ils ont défendu avec panache les notions de service public, d’utilité publique, d’intérêt général, face aux ricanements des individualistes néolibéraux ne jurant que par le sacrosaint marché.

Par deux fois, la victoire fut éclatante et sans appel. Ces résultats prouvent qu’une large majorité de Suisses est attachée aux équilibres et aux transferts de fonds qui permettent à un petit état fédéral de fonctionner, en additionnant les énergies et l’inventivité, plutôt qu’en pilotant d’en haut des volontés forcément plus uniformes.

Le moins que l’on puisse dire c’est que l’on n’a pas retrouvé la même participation des milieux artistiques dans les débats sur l’initiative dite « d’autodétermination », dite aussi « contre les juges étrangers », rebaptisée « contre les droits humains » par ses opposants.
Le scrutin du 25 novembre est pourtant crucial. L’initiative de l’UDC est une attaque massive contre le droit international et surtout contre la Convention européenne des droits de l’homme, qui assure à tout habitant européen de pouvoir faire valoir ses droits individuels contre l’arbitraire d’un état. La CEDH a été proclamée à la suite de la deuxième guerre mondiale par des pays encore traumatisés par la brutalité et les horreurs perpétrées six ans durant. Elle constitue un acquis de la civilisation européenne. La CEDH est entrée en force à partir de 1953, la Suisse s’y est ralliée en 1974 seulement, ayant dû au préalable accorder le droit de vote aux femmes. La CEDH garantit la liberté d’expression et la liberté d’opinion, sans lesquelles le travail des artistes est profondément entravé, comme on le voit dans d’autres parties du monde, où la moindre esquisse de blasphème à l’égard du pouvoir vaut emprisonnement ou bannissement.

C’est pourquoi, alors que cette singulière année 2018 touche à son terme, la rédaction de CultureEnJeu a voulu s’interroger sur le concept d’« artistes engagés ». Nous vous souhaitons une bonne lecture de ce dossier, et s’il vous interpelle, n’hésitez pas à nous donner votre avis, à partager vos réflexions avec des proches. Et à encourager ceux-ci à s’abonner à notre magazine. Pour soulever des débats essentiels à la vivacité de la cité, CultureEnJeu a besoin de soutien.

© Chantal Tauxe. Reproduction des textes autorisée uniquement avec l’accord de l’éditeur et avec la citation de la source. Les illustrations sont la propriété de leurs auteurs respectifs.